Guide de bonnes pratiques en cardiologie interventionnelle
Indications, techniques standardisées et algorithmes décisionnels.
Groupe Tunisien de Cardiologie Interventionnelle (GTCI) · Octobre 2026
Comité de rédaction : Dr Amine Bahloul, Dr Selma Charfeddine, Dr Aymen Abdessalem
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Groupe Tunisien de Cardiologie Interventionnelle (GTCI). Guide de bonnes pratiques en cardiologie interventionnelle : indications, techniques standardisées et algorithmes décisionnels. Comité de rédaction : Bahloul A, Charfeddine S, Abdessalem A. Tunis : GTCI ; octobre 2026.
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Préface
La cardiologie interventionnelle a connu, au cours de la dernière décennie, une évolution technique et scientifique considérable. Les indications se sont affinées, les techniques se sont diversifiées et les outils diagnostiques et thérapeutiques se sont multipliés, imposant aux praticiens une actualisation constante de leurs connaissances et de leurs pratiques.
C'est dans ce contexte que le Groupe Tunisien de Cardiologie Interventionnelle (GTCI) a souhaité mettre à la disposition de la communauté médicale tunisienne un guide de bonnes pratiques structuré, rigoureux et directement applicable au lit du patient comme en salle de cathétérisme. Cet ouvrage n'a pas la prétention de se substituer aux recommandations internationales des sociétés savantes, mais vise à en proposer une lecture pratique, contextualisée et harmonisée entre les différents centres d'exercice.
Organisé en six parties couvrant l'ensemble du parcours interventionnel — de la préparation de la procédure à la gestion des complications, en passant par les voies d'abord, les procédures coronaires et le domaine structurel et valvulaire — ce guide se veut un outil de référence pour les cardiologues interventionnels, les internes et les résidents en formation, ainsi que pour l'ensemble des équipes de salle de cathétérisme.
Nous formons le vœu que cet ouvrage contribue à l'harmonisation des pratiques, à l'amélioration continue de la sécurité des patients et au rayonnement de la cardiologie interventionnelle tunisienne.
Le comité scientifique Groupe Tunisien de Cardiologie Interventionnelle (GTCI)
Position du GTCI : standard de soins et prise en charge
Ce guide décrit le standard de soins tel qu'il découle des preuves scientifiques actuelles et des recommandations internationales. Il n'a délibérément pas été ajusté aux contraintes de prise en charge en vigueur : un outil n'y est pas présenté comme optionnel au seul motif qu'il n'est pas encore remboursé.
Plusieurs moyens que ce guide considère comme indispensables à une angioplastie moderne — imagerie intracoronaire (IVUS/OCT), physiologie coronaire (FFR/iFR), ballons actifs, outils de préparation des lésions calcifiées, échoguidage des ponctions artérielles, assistance circulatoire dans le choc cardiogénique — ne font pas encore l'objet d'une prise en charge par la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM). Le GTCI considère cette situation comme transitoire.
Ce document a vocation à servir de référence dans les discussions avec les autorités de santé et la CNAM. L' Annexe B récapitule, pour chacun de ces dispositifs, les indications retenues dans le guide et le niveau de preuve correspondant. En contrepartie de leur prise en charge, le GTCI s'engage à promouvoir un usage ciblé et tracé de ces outils, mesuré par des indicateurs de qualité partagés.
Le Bureau du GTCI
I
Avant la procédure
Chapitre 1Check-list préprocédurale et sécurité en salle
Contexte et niveau de preuve
La sécurité procédurale en cardiologie interventionnelle repose sur une culture de vérification systématique, inspirée des check-lists de sécurité chirurgicale (type OMS) et adaptée au contexte spécifique de la salle de cathétérisme. Les erreurs évitables (erreur de patient, de côté, de matériel, allergie méconnue) restent une cause de morbidité évitable documentée dans les registres de sécurité procédurale.
Indications / situations d'application
Tableau 1 — Indications et niveaux de recommandation — Check-list préprocédurale et sécurité en salle
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Check-list de sécurité réalisée avant toute ponction artérielle, quelle que soit l'urgence | I, C |
| ✔ | Vérification croisée identité / procédure / côté par deux opérateurs avant induction | I, C |
| ⚠︎ | Allègement de la check-list en contexte de choc / arrêt cardiaque : items vitaux uniquement | IIa, C |
| ✘ | Omission de la check-list pour "gain de temps" hors situation vitale immédiate | III |
Check-list standardisée — étapes
- Vérification de l'identité du patient (nom, prénom, date de naissance) par deux professionnels indépendamment
- Confirmation de l'indication et du geste prévu (dossier, imagerie, avis pluridisciplinaire si applicable)
- Recherche active d'allergies (iode, héparine, latex, antiagrégants) et de contre-indications (grossesse, insuffisance rénale sévère)
- Vérification biologique : fonction rénale, hémoglobine, plaquettes, bilan d'hémostase si pertinent
- Vérification de l'arrêt/poursuite des traitements (anticoagulants, metformine, antiagrégants)
- Confirmation du site d'abord vasculaire prévu et marquage si nécessaire
- Vérification de la disponibilité du matériel spécifique (tailles de stents, dispositifs de fermeture, matériel de sauvetage)
- Briefing d'équipe : rôles, plan en cas de complication, disponibilité du bloc de chirurgie cardiaque si structurel
- Radioprotection vérifiée avant la première image : paravent plafonnier, jupe de table et bavolet latéral en place, protections individuelles et dosimètres portés par toute l'équipe (cf. Chapitre 18)
- Time-out final juste avant la ponction : dernière confirmation croisée identité / procédure / côté
Gestion des situations à risque
En contexte d'urgence vitale (arrêt cardiaque, choc cardiogénique réfractaire), la check-list peut être allégée aux items vitaux : identité, allergie connue, côté du geste — sans jamais être totalement omise. La check-list complète est alors complétée a posteriori et tracée dans le dossier.
Algorithme décisionnel
Figure 1 — Algorithme — check-list préprocédurale et sécurité en salle
Références bibliographiques (5)
- Haynes AB, Weiser TG, Berry WR, et al. A surgical safety checklist to reduce morbidity and mortality in a global population. N Engl J Med. 2009;360(5):491-499.
- Levine GN, Bates ER, Blankenship JC, et al. 2011 ACCF/AHA/SCAI Guideline for Percutaneous Coronary Intervention: a report of the American College of Cardiology Foundation/American Heart Association Task Force on Practice Guidelines. J Am Coll Cardiol. 2011;58(24):e44-e122.
- Neumann FJ, Sousa-Uva M, Ahlsson A, et al. 2018 ESC/EACTS Guidelines on myocardial revascularization. Eur Heart J. 2019;40(2):87-165.
- World Health Organization. WHO Guidelines for Safe Surgery 2009: Safe Surgery Saves Lives. Geneva: WHO Press; 2009.
- Société Française de Cardiologie, Groupe Athérome et Cardiologie Interventionnelle (GACI). Recommandations de bonnes pratiques en salle de cathétérisme cardiaque. Arch Cardiovasc Dis. 2020.
Chapitre 2Indications par pathologie
Contexte et niveau de preuve
L'indication à une prise en charge invasive en cardiologie interventionnelle dépend avant tout du type de présentation clinique : syndrome coronarien aigu avec ou sans sus-décalage du segment ST, coronaropathie stable, ou pathologie structurelle/valvulaire. Le triage initial par l'ECG et le dosage de troponine ultra-sensible conditionne le délai et la stratégie de prise en charge (recommandations ESC 2023 sur les SCA et ESC 2024 sur les syndromes coronariens chroniques).
Indications / situations d'application
Tableau 2 — Indications et niveaux de recommandation — Indications par pathologie
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | SCA ST+ < 12h avec accès à un centre PPCI < 120 min | I, A |
| ✔ | SCA non-ST+ à très haut risque (instabilité hémodynamique/choc, arrêt cardiaque récupéré, arythmie menaçant le pronostic vital, douleur réfractaire, complication mécanique) : coronarographie immédiate < 2h | I, C |
| ✔ | SCA non-ST+ à haut risque (NSTEMI confirmé, score GRACE > 140, sus- décalage ST transitoire, modifications dynamiques ST/T) : coronarographie précoce < 24h | I, A |
| ✔ | Angor stable avec ischémie documentée (test fonctionnel ou FFR/iFR positif) | I, A |
| ✘ | Angioplastie, dans le syndrome coronarien chronique, d'une sténose guidée par la seule angiographie, sans preuve d'ischémie ni évaluation fonctionnelle (cf. Chapitre 10) | III |
| ✘ | Revascularisation systématique chez un patient asymptomatique sans preuve d'ischémie ni critère pronostique | III |
| ✔ | SCA ST+ avec échec de fibrinolyse : angioplastie de sauvetage (rescue PCI) immédiate | I, A |
| ✔ | SCA ST+ après fibrinolyse réussie : coronarographie systématique de routine dans les 2 à 24h | I, A |
| ✔ | SCA non-ST+ non à haut risque (biomarqueurs négatifs, absence de critère de haut risque) : stratégie invasive sélective guidée par tests non invasifs | I, A |
| ⚠︎ | SCA ST+ vu > 12h après le début des symptômes, patient stable et asymptomatique | IIa, B |
| ✔ | Choc cardiogénique compliquant un SCA pluritronculaire : revascularisation de la lésion coupable uniquement en première intention | I, B |
| ✘ | Revascularisation systématique des lésions non coupables au moment du geste index en cas de choc cardiogénique | III, B |
| ✘ | Coronarographie immédiate systématique après arrêt cardiaque récupéré sans sus-décalage ST, chez un patient hémodynamiquement stable | III, A |
Critères de sélection par pathologie
- SCA ST+ : angioplastie primaire en urgence quel que soit le délai si choc cardiogénique ; sinon dans les 120 minutes suivant le premier contact médical
- SCA non-ST+ : stratification en deux niveaux selon l'ESC 2023 — très haut risque → coronarographie immédiate (<2h) ; haut risque (NSTEMI confirmé, GRACE >140, modifications ST/T dynamiques) → coronarographie précoce (<24h). La catégorie « risque intermédiaire » (fenêtre 24-72h) des recommandations 2015/2020 a été supprimée ; les patients non à haut risque relèvent désormais d'une stratégie invasive sélective
- Syndrome coronarien chronique : documentation de l'ischémie (test fonctionnel non invasif ou FFR/iFR) avant toute décision de revascularisation — une angioplastie guidée par la seule angiographie n'est pas acceptable (cf. Chapitre 10)
- Lésions pluritronculaires : score SYNTAX pour orienter entre angioplastie et chirurgie, en concertation Heart Team
- Valvulopathies symptomatiques : décision systématique en Heart Team pluridisciplinaire (cardiologue interventionnel, chirurgien cardiaque, imageur, gériatre si besoin)
- Patients asymptomatiques : revascularisation non recommandée en dehors de critères pronostiques stricts (sténose du tronc commun, dysfonction VG documentée d'origine ischémique)
Gestion des situations à risque
Chez le patient présentant des critères de très haut risque (instabilité hémodynamique ou électrique, angor réfractaire, complication mécanique), la coronarographie doit être réalisée en urgence immédiate, sans attendre les résultats de troponine. Chez le sujet âgé ou fragile, l'indication de revascularisation doit intégrer l'espérance de vie, l'autonomie et les comorbidités, en particulier pour les indications structurelles.
Algorithme décisionnel
Figure 2 — Algorithme — orientation selon la présentation clinique
Références bibliographiques (5)
- Byrne RA, Rossello X, Coughlan JJ, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of acute coronary syndromes. Eur Heart J. 2023;44(38):3720-3826.
- Neumann FJ, Sousa-Uva M, Ahlsson A, et al. 2018 ESC/EACTS Guidelines on myocardial revascularization. Eur Heart J. 2019;40(2):87-165.
- Vahanian A, Beyersdorf F, Praz F, et al. 2021 ESC/EACTS Guidelines for the management of valvular heart disease. Eur Heart J. 2022;43(7):561-632.
- Fox KA, Dabbous OH, Goldberg RJ, et al. Prediction of risk of death and myocardial infarction in the six months after presentation with acute coronary syndrome: prospective multinational observational study (GRACE). BMJ. 2006;333(7578):1091.
- Neumann FJ, et al. SYNTAX Score in clinical practice: a review. EuroIntervention. 2015.
Chapitre 3Bilan pré-interventionnel
Contexte et niveau de preuve
Le bilan pré-interventionnel vise à identifier et corriger les facteurs de risque modifiables avant le geste : néphropathie induite par les produits de contraste, risque hémorragique, interactions médicamenteuses. Une évaluation structurée réduit significativement l'incidence des complications périprocédurales, en particulier chez les patients âgés, diabétiques ou insuffisants rénaux.
Indications / situations d'application
Tableau 3 — Indications et niveaux de recommandation — Bilan pré-interventionnel
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Évaluation systématique de la fonction rénale avant toute injection de produit de contraste | I, A |
| ✔ | Hydratation IV péri-procédurale chez le patient à haut risque de néphropathie induite | I, A |
| ✔ | Évaluation du risque hémorragique (CRUSADE/ARC-HBR) avant adaptation du traitement antithrombotique | I, B |
| ✘ | Arrêt systématique des anticoagulants sans évaluation individuelle du rapport bénéfice/risque | III |
| ✘ | Injection de contraste iodé sans réévaluation de la fonction rénale chez l'insuffisant rénal connu | III |
Étapes du bilan standardisé
- Bilan biologique de base : NFS, plaquettes, hémostase, ionogramme sanguin
- Évaluation du débit de filtration glomérulaire (formule CKD-EPI) avant toute injection de contraste
- Calcul du score de risque de néphropathie induite (score de Mehran) chez le patient à risque
- Évaluation du risque hémorragique (ARC-HBR ; CRUSADE dans le SCA non-ST+) pour adapter la stratégie antithrombotique
- Réévaluation des traitements en cours : anticoagulants oraux, antiagrégants, metformine
- Imagerie complémentaire ciblée si nécessaire : échocardiographie transthoracique, coroscanner
Gestion des situations à risque
Chez l'insuffisant rénal sévère (DFG < 30 mL/min/1,73m²) ou dialysé, la quantité de contraste doit être strictement minimisée et une concertation néphrologique est recommandée avant tout geste non urgent. En cas d'urgence vitale, le bénéfice de la reperfusion prime sur le risque rénal, sans que cela dispense d'une prévention active post-procédurale (hydratation, surveillance de la créatinine à 48-72h).
Algorithme décisionnel
Figure 3 — Algorithme — bilan pré-interventionnel
Références bibliographiques (5)
- Mehran R, Aymong ED, Nikolsky E, et al. A simple risk score for prediction of contrast-induced nephropathy after percutaneous coronary intervention. J Am Coll Cardiol. 2004;44(7):1393-1399.
- Subherwal S, Bach RG, Chen AY, et al. Baseline risk of major bleeding in non-ST-segment-elevation myocardial infarction: the CRUSADE bleeding score. Circulation. 2009;119(14):1873-1882.
- Urban P, Mehran R, Colleran R, et al. Defining high bleeding risk in patients undergoing percutaneous coronary intervention: a consensus document from the ARC-HBR. Eur Heart J. 2019;40(31):2632-2653.
- Levin A, Stevens PE, Bilous RW, et al. KDIGO 2012 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease. Kidney Int Suppl. 2013;3(1):1-150.
- Neumann FJ, Sousa-Uva M, Ahlsson A, et al. 2018 ESC/EACTS Guidelines on myocardial revascularization. Eur Heart J. 2019;40(2):87-165.
II
Voies d'abord et matériel
Figure 4 — Abord radial échoguidé : sites de ponction radial et ulnaire, coupe échographique en petit axe
Chapitre 4Abord radial versus fémoral
Contexte et niveau de preuve
La voie radiale est devenue l'abord de référence en cardiologie interventionnelle. Le bénéfice clinique ne vient pas d'une supériorité intrinsèque de la radiale, mais bien de l'éviction de la voie fémorale, qui concentre l'essentiel des complications hémorragiques et vasculaires locales — avec un bénéfice de mortalité démontré dans le SCA (essai MATRIX). Cette distinction a une conséquence pratique directe : en cas d'échec de la radiale, la voie fémorale ne doit pas être considérée comme le second choix par défaut, les alternatives radiales/ulnaires devant être épuisées en premier (cf. Technique standardisée). La voie radiale nécessite néanmoins une courbe d'apprentissage spécifique et n'est pas universellement applicable.
Indications / situations d'application
Tableau 4 — Indications et niveaux de recommandation — Abord radial versus fémoral
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Voie radiale en première intention pour toute coronarographie/angioplastie, opérateur entraîné | I, A |
| ⚠︎ | Ponction radiale échoguidée pour réduire le risque d'échec et de complications locales ; échographe vasculaire disponible en permanence en salle | IIa, A |
| ✔ | Hémostase « patent » préservant le flux radial antérograde après retrait du désilet | I, A |
| ⚠︎ | Voie fémorale par nécessité de gros calibre (certaines procédures structurelles, assistance circulatoire) | IIa, B |
| ✘ | Ponction fémorale sans repérage échographique ou fluoroscopique en dehors de l'urgence vitale | III |
| ✘ | Repli sur la voie fémorale après échec de la radiale droite sans avoir épuisé les alternatives radiales et ulnaires, hors urgence vitale ou nécessité de gros calibre | Position GTCI |
Technique standardisée
- Évaluation préalable : palpation du pouls radial, test de Barbeau ou d'Allen modifié (informatif, non obligatoire) ; un test anormal ne contre-indique pas la voie radiale
- Ponction échoguidée de l'artère radiale, au site classique ou distal (tabatière anatomique) selon l'opérateur — l'échoguidage est la règle, pas l'exception
- Administration d'un cocktail anti-spasme intra-artériel (vérapamil et/ou nitrés) après mise en place du désilet
- Anticoagulation systémique adaptée au poids, quelle que soit la voie d'abord choisie
- En cas d'échec ou de spasme réfractaire : le bénéfice de la voie radiale provient avant tout de l'éviction de la voie fémorale, principale pourvoyeuse d'événements hémorragiques — la fémorale n'est donc pas le second choix. Épuiser avant elle les alternatives radiales/ulnaires : ponction échoguidée, radiale controlatérale, radiale distale (tabatière anatomique) d'un côté puis de l'autre, puis voie ulnaire bilatérale ; certains opérateurs expérimentés recanalisent une radiale occluse pour la réutiliser. La voie fémorale reste réservée aux échecs de l'ensemble de ces options ou à l'urgence vitale
- Hémostase compressive « patent » préservant le flux radial antérograde, retrait progressif du dispositif de compression
- Surveillance post-procédure du pouls radial et des signes de complication locale
Illustration — Test d'Allen modifié
Le test d'Allen modifié évalue la suppléance de l'arcade palmaire par l'artère ulnaire avant ponction radiale. Il n'est pas obligatoire (la double vascularisation palmaire limite le risque ischémique même en cas de test anormal) mais reste un élément d'information utile, en particulier avant un abord radial chez un patient aux antécédents vasculaires périphériques.
Figure 5 — Test d'Allen modifié : compression bilatérale, relâchement ulnaire, recoloration palmaire en moins de 10 secondes
Illustration — Ponction échoguidée de la radiale distale (tabatière anatomique)
Figure 6 — Ponction échoguidée de la radiale distale dans la tabatière anatomique
Gestion des complications
L'occlusion de l'artère radiale (RAO) est la complication la plus fréquente mais généralement asymptomatique grâce à la double vascularisation de la main ; sa prévention repose essentiellement sur l'hémostase « patent ». Les complications de la voie fémorale (hématome, faux anévrisme, fistule artério-veineuse, hémorragie rétropéritonéale) justifient une surveillance clinique rapprochée et un repérage échographique systématique de la ponction lorsque cette voie est utilisée.
Algorithme décisionnel
Figure 7 — Algorithme — choix de la voie d'abord : la fémorale en dernier recours
Références bibliographiques (6)
- Valgimigli M, Gagnor A, Calabró P, et al. Radial versus femoral access in patients with acute coronary syndromes undergoing invasive management: a randomised multicentre trial (MATRIX). Lancet. 2015;385(9986):2465-2476.
- Neumann FJ, Sousa-Uva M, Ahlsson A, et al. 2018 ESC/EACTS Guidelines on myocardial revascularization. Eur Heart J. 2019;40(2):87-165.
- Rashid M, Kwok CS, Pancholy S, et al. Radial artery occlusion after transradial interventions: a systematic review and meta-analysis. J Am Heart Assoc. 2016;5(1):e002686.
- Sgueglia GA, Di Giorgio A, Gaspardone A, Babunashvili A. Anatomic basis and physiological rationale of distal radial artery access for percutaneous coronary and endovascular procedures. JACC Cardiovasc Interv. 2018;11(20):2113- 2119.
- Bertrand OF, Rao SV, Pancholy S, et al. Transradial approach for coronary angiography and interventions: results of the first international transradial practice survey. JACC Cardiovasc Interv. 2010;3(10):1022-1031.
- Barbeau GR, Arsenault F, Dugas L, et al. Evaluation of the ulnopalmar arterial arches with pulse oximetry and plethysmography: comparison with the Allen's test in 1010 patients. Am Heart J. 2004;147(3):489-493.
Chapitre 5Choix des cathéters, guides et ballons
Contexte et niveau de preuve
Le succès et la sécurité d'une angioplastie coronaire dépendent directement d'une sélection appropriée du matériel : cathéter guide adapté à l'anatomie de l'origine coronaire, guide d'angioplastie adapté à la complexité de la lésion, et ballon dimensionné au vaisseau de référence. Une préparation de plaque insuffisante en cas de calcification sévère est une cause reconnue de sous-expansion du stent et d'échec procédural.
Indications / situations d'application
Tableau 5 — Indications et niveaux de recommandation — Choix des cathéters, guides et ballons
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Mesure du diamètre de référence du vaisseau avant le choix du ballon (angiographie quantitative ou imagerie intracoronaire) | I, A |
| ⚠︎ | Préparation de plaque (athérectomie rotationnelle/orbitale, ballon de scoring) en cas de calcification sévère avant stenting | IIa, B |
| ✔ | Utilisation d'un guide dédié (hydrophile ou rigide) pour les occlusions chroniques totales (CTO) | I, C |
| ✘ | Surdimensionnement du ballon par rapport au vaisseau de référence (ratio > 1,1) | III |
| ✘ | Implantation d'un stent sans préparation adéquate de la lésion (prédilatation) en cas de calcification ou de sténose serrée non franchie | III |
| ✘ | Utilisation du Judkins gauche comme cathéter de 1ère intention pour l'angioplastie du réseau coronaire gauche (sonde diagnostique, support insuffisant) | Position GTCI |
Étapes de sélection du matériel
- Choix du cathéter guide selon l'anatomie de l'origine coronaire : pour le réseau gauche, l'EBU est le cathéter d'angioplastie de première intention — le Judkins gauche est une sonde diagnostique, non conçue pour le support nécessaire à l'angioplastie, et ne doit pas être encouragé comme premier choix pour un geste interventionnel. Pour la coronaire droite, le Judkins droit (JR) reste un premier choix raisonnable, à changer pour une forme à support actif (Amplatz, multipurpose) dès que le support s'avère insuffisant
- Évaluation de la complexité de la lésion : calcification, tortuosité, occlusion chronique, bifurcation
- Choix du guide d'angioplastie : guide souple « workhorse » pour les lésions simples, guide hydrophile ou dédié CTO pour les lésions complexes
- Préparation de plaque si calcification sévère : ballon de scoring/cutting, athérectomie rotationnelle ou orbitale, ou lithotripsie intravasculaire, choisie selon la morphologie du calcium à l'imagerie intracoronaire (cf. algorithme ci- dessous)
- Mesure du diamètre de référence du vaisseau, de préférence par imagerie intracoronaire (IVUS/OCT), à défaut par angiographie quantitative
- Sélection du ballon de prédilatation : ratio ballon/artère de 0,8 à 1,0, ballon semi-compliant en première intention
- Réévaluation après prédilatation avant de procéder à l'implantation du stent
Sélection du cathéter guide selon l'anatomie
Le tableau suivant résume les formes de cathéter guide les plus courantes et leur usage typique en fonction de l'anatomie d'origine coronaire. Le choix conditionne à la fois la coaxialité avec l'ostium et le support disponible pour l'avancée du matériel.
Tableau 6 — Sélection du cathéter guide selon l'anatomie (Chapitre 5)
| Forme | Anatomie ciblée | Support fourni | Usage typique |
|---|---|---|---|
| Judkins gauche (JL 3,5-4) | Cathéter diagnostique de référence ; coronaire gauche d’angulation standard | Support passif faible — non adapté à l’angioplastie | Diagnostic uniquement — proscrit en 1ère intention pour la PCI |
| Judkins droit (JR 4) | Coronaire droite d'origine standard | Support passif modéré | 1ère intention CD |
| Amplatz gauche/droit (AL/AR) | Origines atypiques, racine aortique dilatée | Support actif élevé | Anatomies difficiles |
| Extra Backup / XB / EBU | Coronaire gauche — cathéter d’angioplastie de 1ère intention | Support actif élevé | 1ère intention PCI réseau gauche ; support renforcé pour CTO/lésions calcifiées |
| Multipurpose (MP) | Origine coronaire horizontale ou pontage veineux | Support variable | Anatomies horizontales, pontages |
Classification des guides d'angioplastie
La sélection du guide d'angioplastie repose sur la charge de pointe (tip load, exprimée en grammes) et le revêtement, qui déterminent la capacité de pénétration et le risque de dissection sous-intimale. Les guides dédiés aux occlusions chroniques totales (CTO) suivent une escalade progressive de rigidité, conformément à l'algorithme hybride (cf. ci- dessous).
Tableau 7 — Classification des guides d'angioplastie (Chapitre 5)
| Catégorie | Charge de pointe | Caractéristiques | Indication typique |
|---|---|---|---|
| Workhorse souple | ≈ 1 g | Pointe atraumatique, bonne visibilité, faible risque de dissection | Lésions simples, usage systématique |
| Guide de support intermédiaire | ≈ 1-3 g | Corps plus rigide, meilleure transmission de force | Tortuosité modérée, calibrage de ballon |
| Guide hydrophile | Variable | Revêtement polymère glissant, franchissement facilité | Vaisseaux tortueux, collatérales |
| Guide CTO progressif | 3-4 g / 6 g / 9 g / 12 g+ | Rigidité croissante par paliers pour pénétrer le capuchon fibreux | Occlusions chroniques (CTO), approche antérograde |
| Guide de réentrée | ≥ 12 g | Très rigide, pointe conçue pour la réentrée sous-intimale | Dissection/réentrée antérograde ou rétrograde (CTO complexe) |
Algorithme hybride de franchissement des occlusions chroniques (CTO)
L'algorithme hybride, formalisé par le groupe CTO PROGRESS et l'EuroCTO Club, structure le choix de la stratégie de franchissement (antérograde direct, dissection/réentrée antérograde, ou rétrograde) selon quatre critères angiographiques évalués sur une injection bilatérale simultanée : qualité du moignon proximal, longueur de l'occlusion, qualité du lit d'aval, et disponibilité de collatérales interventionnelles. Cette approche standardisée améliore le taux de succès tout en limitant le temps de procédure et l'exposition aux rayons X.
Figure 8 — Algorithme hybride de franchissement des occlusions coronaires chroniques
Classification des ballons
Le choix du ballon dépend de l'objectif procédural : prédilatation, préparation d'une plaque résistante, ou optimisation post-implantation du stent. Le respect du ratio ballon/artère et de la pression de rupture indiquée par le fabricant est essentiel pour limiter le risque de dissection ou de rupture vasculaire.
Tableau 8 — Classification des ballons (Chapitre 5)
| Type de ballon | Caractéristiques | Indication typique |
|---|---|---|
| Compliant | Expansion importante avec la pression, faible pression de rupture | Usage limité en coronaire (risque de surdimensionnement) |
| Semi-compliant | Expansion modérée, bon suivi du diamètre nominal | Prédilatation standard, 1ère intention |
| Non compliant (NC) | Diamètre stable à haute pression, haute pression de rupture | Post-dilatation du stent, optimisation de l'expansion |
| Scoring / cutting balloon | Lames ou fils longitudinaux créant une incision contrôlée de la plaque | Préparation de plaque fibreuse/calcifiée, resténose intra-stent |
| Ballon actif (drug- coated balloon) | Libération locale d'un antiprolifératif (paclitaxel/sirolimus) sans stent | Resténose intra-stent, petits vaisseaux, lésions diffuses distales, pontages, haut risque hémorragique (cf. Chapitre 6) |
| Ballon de lithotripsie (IVL) | Ondes de choc acoustiques pulsées fracturant le calcium | Calcification sévère circonférentielle, alternative à l'athérectomie |
Prise en charge des lésions calcifiées (consensus SCAI)
Le consensus d'experts SCAI 2020 propose une démarche structurée reposant sur la quantification de la calcification par imagerie intracoronaire (arc circonférentiel, épaisseur, longueur) pour orienter le choix entre préparation par ballon de scoring/cutting, athérectomie rotationnelle ou orbitale, ou lithotripsie intravasculaire, avant réévaluation et implantation du stent.
Figure 9 — Algorithme — prise en charge des lésions calcifiées
Gestion des complications
La perforation coronaire liée au guide (perforation distale) impose l'arrêt immédiat de la progression, le retrait prudent du matériel et une surveillance échocardiographique de l'épanchement péricardique. La rupture d'un ballon lors d'une inflation à haute pression en zone calcifiée peut entraîner une dissection ; l'utilisation de ballons non compliants à haute pression nominale et le respect strict des pressions de rupture indiquées par le fabricant limitent ce risque. Lors d'une athérectomie rotationnelle, le risque de bas débit ou de bloc auriculo-ventriculaire transitoire (réflexe vagal) justifie une surveillance hémodynamique rapprochée.
Algorithme décisionnel général
Figure 10 — Algorithme — choix du cathéter guide, du guide et du ballon
Références bibliographiques (8)
- Neumann FJ, Sousa-Uva M, Ahlsson A, et al. 2018 ESC/EACTS Guidelines on myocardial revascularization. Eur Heart J. 2019;40(2):87-165.
- Barbato E, Carrié D, Dardas P, et al. European expert consensus on rotational atherectomy. EuroIntervention. 2015;11(1):30-36.
- Généreux P, Redfors B. Calcified coronary lesions: a practical approach to lesion preparation. J Am Coll Cardiol Intv. 2021.
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- Kandzari DE, Gershlick AH, Serruys PW, et al. SYNTAX-based lesion complexity and the role of drug-coated balloons and lithotripsy in contemporary PCI. EuroIntervention. 2021.
Chapitre 6Stents actifs : critères de choix et implantation optimale
Contexte et niveau de preuve
Les stents actifs (DES) de nouvelle génération, à mailles fines et polymère durable ou biodégradable, constituent le standard de soin en cardiologie interventionnelle, ayant démontré leur supériorité sur les stents nus (BMS) en termes de resténose et, avec le recul, un profil de sécurité au moins équivalent en thrombose tardive. Les endoprothèses biorésorbables de première génération, un temps envisagées comme alternative, ont été retirées du marché après la démonstration d'un sur-risque de thrombose de stent dans le programme d'essais ABSORB. Une actualisation majeure des recommandations européennes (ESC 2024, syndromes coronariens chroniques) a par ailleurs rehaussé l'imagerie intracoronaire (IVUS/OCT) de la classe IIa à la classe I, niveau A, pour guider l'angioplastie des lésions complexes (tronc commun, bifurcations vraies, lésions longues), sur la base d'essais randomisés récents (RENOVATE-COMPLEX-PCI, OCTOBER, ILUMIEN IV).
Indications / situations d'application
Tableau 9 — Indications et niveaux de recommandation — Stents actifs : critères de choix et implantation optimale
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Stent actif (DES) de nouvelle génération en première intention, quel que soit le contexte clinique | I, A |
| ✔ | Imagerie intracoronaire (IVUS/OCT) pour guider et optimiser le stenting des lésions complexes (tronc commun, bifurcation vraie, lésion longue) — mise à jour ESC 2024 | I, A |
| ✔ | Stratégie provisoire (stent du vaisseau principal) en première intention pour la majorité des bifurcations | I, A |
| ⚠︎ | Imagerie intracoronaire à considérer sur lésion angiographiquement ambiguë en dehors des critères ci-dessus | IIb, C |
| ⚠︎ | Stratégie à 2 stents planifiée (DK-crush, culotte) pour bifurcation vraie avec large branche fille et atteinte ostiale étendue | IIa, B |
| ✘ | Utilisation systématique d'un stent nu (BMS) en dehors d'une contre- indication formelle et durable à la bithérapie antiplaquettaire | III |
| ✘ | Utilisation en routine des endoprothèses biorésorbables de 1ère génération (retrait du marché après les essais ABSORB) | III, A |
Générations de stents et endoprothèses
Le tableau suivant retrace l'évolution des plateformes et leur statut actuel dans la pratique.
Tableau 10 — Générations de stents et endoprothèses (Chapitre 6)
| Génération | Caractéristiques | Statut actuel |
|---|---|---|
| Stent nu (BMS) | Métal seul, sans revêtement pharmacologique | Obsolète en pratique courante ; réservé aux rares contre-indications durables à la bithérapie |
| DES 1ère génération | Polymère durable, mailles épaisses (sirolimus/paclitaxel) | Retirés du marché (surrisque de thrombose tardive) |
| DES de nouvelle génération | Mailles fines, polymère durable ou biodégradable, évérolimus/zotarolimus/sirolimus | Standard de soin actuel (classe I, A) |
| Endoprothèse biorésorbable (BVS) | Plateforme résorbable (acide polylactique), disparition progressive | 1ère génération retirée (essais ABSORB : sur- risque de thrombose) ; nouvelles générations en évaluation, non recommandées en routine |
Étapes d'implantation optimale
- Évaluer la complexité de la lésion (tronc commun, bifurcation vraie, lésion longue) pour déterminer l'indication à l'imagerie intracoronaire (classe I, A depuis 2024 pour ces situations)
- Choisir un stent actif de nouvelle génération, dimensionné 1:1 par rapport au diamètre de référence mesuré par imagerie ou angiographie quantitative
- Positionner le stent en couvrant l'intégralité de la lésion préparée, en évitant tout « geographic miss » (bord de stent sur zone non traitée)
- Réaliser une post-dilatation systématique par ballon non compliant à haute pression pour optimiser l'expansion
- Vérifier par imagerie intracoronaire (lorsqu'indiquée) l'atteinte des critères d'optimisation : expansion ≥ 80 % de la surface de référence, apposition complète, absence de dissection de bord significative
- Pour les bifurcations : privilégier la stratégie provisoire (stenting du vaisseau principal) en première intention, sauf anatomie défavorable (grande branche fille, atteinte ostiale étendue)
Algorithme décisionnel — Implantation optimale
Figure 11 — Algorithme — implantation optimale du stent actif
Stratégie des lésions de bifurcation
La stratégie provisoire (stenting du vaisseau principal avec traitement de la branche fille seulement si nécessaire) reste la stratégie par défaut recommandée en classe I, A pour la majorité des bifurcations. Les données de l'essai EBC MAIN suggèrent qu'une petite branche fille (< 3,25 mm) et une atteinte ostiale courte (< 10 mm) favorisent la stratégie provisoire, tandis que l'essai DKCRUSH-V a montré la supériorité d'une stratégie à 2 stents planifiée (DK-crush) sur la stratégie provisoire pour les bifurcations vraies du tronc commun distal à anatomie défavorable, avec un bénéfice qui se maintient à 3 ans (échec de la lésion cible : 8,3 % vs 16,9 % ; p = 0,005).
Figure 12 — Algorithme — stratégie des lésions de bifurcation
Stents à bithérapie antiplaquettaire courte validés chez les patients à haut risque hémorragique (HBR)
Chez les patients à haut risque hémorragique (critères ARC-HBR, cf. Annexe A), plusieurs plateformes de stents actifs de nouvelle génération ont été spécifiquement validées, dans des essais randomisés ou des études prospectives dédiées, pour une durée de bithérapie antiplaquettaire (DAPT) raccourcie à 1 mois, avec un profil ischémique favorable et une réduction significative des complications hémorragiques par rapport à une DAPT standard de 3 à 6 mois.
Tableau 11 — Stents à bithérapie antiplaquettaire courte validés chez les patients à haut risque hémorragique (HBR) (Chapitre 6)
| Stent (plateforme) | Essai clé | DAPT | Résultat principal |
|---|---|---|---|
| BioFreedom (biolimus A9, sans polymère) | LEADERS FREE (2015) | 1 mois | Supériorité sur stent nu (BMS) en sécurité et efficacité avec DAPT courte chez patients HBR |
| Resolute Onyx (zotarolimus, polymère durable) | Onyx ONE / Onyx ONE Clear (2019-2020) | 1 mois | Non-infériorité par rapport au BioFreedom avec DAPT de 1 mois chez patients HBR |
| Ultimaster (sirolimus, polymère biodégradable) | MASTER DAPT (2021) | 1 mois (abrégée) | Non-infériorité en événements ischémiques et réduction significative des saignements vs DAPT standard |
| Synergy (évérolimus, polymère bioabsorbable) | Analyse groupée SENIOR/POEM | 1 mois | Faible taux d'événements ischémiques et hémorragiques à 1 mois et 1 an chez patients HBR âgés |
Ces données ont conduit les recommandations ESC et ACC/AHA à admettre une DAPT aussi courte qu'1 mois chez des patients HBR sélectionnés, sous réserve d'une stratégie individualisée tenant compte du risque ischémique résiduel (complexité de la procédure, présentation clinique).
Guide pratique des ballons actifs (drug-coated balloons)
Les ballons actifs (DCB) délivrent un agent antiprolifératif (le plus souvent le paclitaxel) directement dans la paroi vasculaire lors d'un gonflage unique, sans laisser d'implant permanent. Initialement validés pour la resténose intra-stent, leur champ d'application s'est étendu aux lésions de novo de petit vaisseau, aux lésions diffuses distales et aux lésions de pontage, avec un corpus de preuves aujourd'hui solide et des recommandations qui évoluent rapidement des deux côtés de l'Atlantique.
Tableau 12 — Guide pratique des ballons actifs (drug-coated balloons) (Chapitre 6)
| Indication | Niveau de preuve | Données clés |
|---|---|---|
| Resténose intra-stent (BMS ou DES) | Classe I, A (ESC, depuis 2014) ; FDA (2024) | Essai AGENT IDE : réduction de l'échec de la lésion cible à 1 an (17,9 % vs 28,6 % ; p = 0,006) vs angioplastie simple, base de l'approbation FDA |
| Lésion de novo de petit vaisseau (< 3 mm) | IIa (Europe), en expansion | BASKET-SMALL 2 : non-infériorité vs DES à 3 ans. PICCOLETO II : réduction des événements tardifs vs DES à 3 ans |
| Patient à haut risque hémorragique (HBR) | Émergent (IIb) | Absence d'implant permanent autorisant une bithérapie plus courte ; analyse HBR de BASKET-SMALL 2 : moins de saignements majeurs qu'avec DES |
| SCA (bifurcation de novo, branche fille) | Émergent, hors recommandation formelle | PEPCAD-NSTEMI, REVELATION : non- infériorité au stenting provisoire dans des populations sélectionnées |
| Lésions diffuses distales (chirurgie non envisageable) | Avis d'experts (consensus international DCB) | Option à privilégier lorsque la chirurgie n'est pas un choix réaliste (lit d'aval diffus, pontage non indiqué). Stratégie hybride : stent focal sur le segment le plus sévère + DCB sur les segments diffus d'aval, pour éviter un long segment stenté (« full metal jacket ») |
| Lésions de pontage (veineux ou artériel) | Données en expansion | Aikawa et al. (JACC Cardiovasc Interv 2026) rapportent, à 1 an, des résultats non inférieurs de la stratégie DCB par rapport au DES sur les lésions de pontage (réf. 19), avec un éditorial associé (réf. 20). Données rétrospectives antérieures concordantes sur greffons veineux de novo (Lin et al., 2023). Option à considérer, en particulier pour éviter l'empilement de stents dans un greffon |
| Gros vaisseau de novo non complexe | Non recommandé en routine | REC-CAGEFREE I (Lancet 2024, n = 2272) : la stratégie DCB avec stent de sauvetage n'a pas atteint la non-infériorité face au DES à 2 ans (critère composite 6,4 % vs 3,4 %), l'écart se concentrant sur les vaisseaux de gros calibre. Le DES reste le standard dans cette situation |
Points techniques clés pour la réussite d'un DCB
- La préparation de la lésion est l'étape déterminante du succès : une prédilatation adéquate (± ballon de scoring/cutting) est indispensable avant tout DCB
- Vérifier l'absence de dissection limitante après préparation ; une FFR ≥ 0,80 après prédilatation est un seuil acceptable rapporté par le consensus international DCB
- Dimensionner le DCB au ratio 1:1 par rapport au diamètre de référence du vaisseau (contrairement au léger surdimensionnement parfois utilisé pour les stents)
- Respecter un temps de gonflage de 30 à 60 secondes pour une délivrance optimale du principe actif
- Éviter tout contact prolongé du DCB hors de la zone cible (risque de perte du principe actif) et proscrire son usage en présence de thrombus angiographique visible
- En cas de résultat insuffisant après DCB (dissection significative, recul élastique), ne pas hésiter à implanter un stent de sauvetage plutôt que d'insister sur la seule angioplastie au ballon
Algorithme décisionnel — Ballons actifs
Figure 13 — Algorithme — ballons actifs (DCB)
Gestion des complications
La thrombose de stent, classée en aiguë (< 24h), subaiguë (24h-30j), tardive (30j-1an) et très tardive (> 1an), impose une coronarographie en urgence et une réévaluation de l'observance et de la puissance du traitement antiplaquettaire. La resténose intra-stent est explorée par imagerie intracoronaire pour distinguer sous-expansion (nécessitant une post- dilatation ou un nouveau stent) et hyperplasie néo-intimale (pouvant relever d'un ballon actif ou d'un nouveau DES selon les recommandations en vigueur).
Références bibliographiques (20)
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- Macaya-Ten F, Gonzalo N. Drug-coated balloon PCI for bypass graft lesions. JACC Cardiovasc Interv. 2026;19(18):2441-3. doi:10.1016/j.jcin.2026.06.035
III
Procédures coronaires
Figure 14 — De la sténose au stent : lésion athéromateuse, dilatation au ballon, stent implanté
Chapitre 7Angioplastie primaire dans le SCA ST+
Contexte et niveau de preuve
Au-delà du traitement de la lésion coupable, la prise en charge procédurale du SCA ST+ a été profondément renouvelée par les données récentes sur la revascularisation complète, l'aspiration du thrombus et la stratégie en cas de choc cardiogénique. Environ la moitié des patients présentant un SCA ST+ ont une maladie coronaire multitronculaire associée, justifiant une réflexion systématique sur le traitement des lésions non coupables.
Indications / situations d'application
Tableau 13 — Indications et niveaux de recommandation — Angioplastie primaire dans le SCA ST+
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Traitement de la lésion coupable en priorité absolue lors de l'angioplastie primaire | I, A |
| ✔ | Revascularisation complète des lésions non coupables significatives chez le patient hémodynamiquement stable, pendant la procédure index ou dans les 45 jours | I, A |
| ✘ | Coronarographie immédiate systématique chez le patient ressuscité d'un arrêt cardiaque sans sus-décalage ST et hémodynamiquement stable | III, A |
| ✘ | Aspiration systématique du thrombus (essai TOTAL) | III, A |
| ✘ | Revascularisation systématique des lésions non coupables en cas de choc cardiogénique (essai CULPRIT-SHOCK) | III, B |
Conduite pratique du geste
- Traiter en priorité la lésion coupable identifiée par l'ECG et confirmée à la coronarographie
- Évaluer l'ensemble de l'arbre coronaire pour rechercher une maladie multitronculaire associée (sténose angiographique ≥ 70 %)
- Chez le patient hémodynamiquement stable avec maladie multitronculaire, planifier une revascularisation complète, pendant la procédure index ou dans un second temps sous 45 jours selon la faisabilité technique et le contexte (volume de contraste, durée de procédure, disponibilité)
- En cas de choc cardiogénique, se limiter à la lésion coupable ; ne pas traiter les lésions non coupables au même temps sauf instabilité imputable à une autre lésion critique
- Ne pas recourir à l'aspiration systématique du thrombus, réservée aux situations de charge thrombotique majeure avec no-reflow au ballon seul
- Chez le patient ressuscité d'un arrêt cardiaque sans sus-décalage ST, différer la coronarographie et stabiliser en soins intensifs plutôt que réaliser un geste invasif immédiat systématique
Gestion des complications
Le no-reflow angiographique après désobstruction de la lésion coupable justifie l'administration intracoronaire d'un vasodilatateur (adénosine, vérapamil, nitroprussiate) plutôt qu'une aspiration mécanique systématique. En cas de choc cardiogénique réfractaire, une assistance circulatoire mécanique peut être discutée en complément de la revascularisation de la lésion coupable, selon les critères de l'essai DanGer Shock (cf. Chapitre 16) et le pronostic global du patient.
Algorithme décisionnel
Figure 15 — Algorithme — angioplastie primaire dans le SCA ST+
Références bibliographiques (7)
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Chapitre 8Angioplastie dans le SCA non-ST+ et l'angor instable
Contexte et niveau de preuve
Au-delà de la stratification du risque et du délai de coronarographie (cf. Chapitre 2), la conduite procédurale du SCA non- ST+ pose des questions spécifiques : le moment optimal d'administration du traitement antiplaquettaire P2Y12, l'identification de la lésion coupable lorsque plusieurs sténoses coexistent, et l'extension de la revascularisation complète — validée dans le SCA ST+ — à cette population. Les recommandations ESC 2023, qui unifient pour la première fois la prise en charge du SCA ST+ et non-ST+, ont notablement révisé la position sur le prétraitement antiplaquettaire, s'écartant d'une pratique auparavant répandue.
Indications / situations d'application
Tableau 14 — Indications et niveaux de recommandation — Angioplastie dans le SCA non-ST+ et l'angor instable
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Revascularisation complète des lésions non coupables significatives chez le patient stable avec maladie multitronculaire | I, A |
| ⚠︎ | Prétraitement par P2Y12 envisageable si stratégie invasive différée (>24h) ou conservatrice, sans haut risque hémorragique | IIb, C |
| ⚠︎ | Imagerie intracoronaire (OCT) ou évaluation fonctionnelle (FFR/iFR) en cas de lésion coupable non évidente | IIa, C |
| ✘ | Prétraitement systématique par P2Y12 lorsque l'anatomie coronaire est inconnue et qu'une stratégie invasive précoce (<24h) est prévue | III, A |
Conduite pratique du geste
- Ne pas administrer de P2Y12 en prétraitement systématique si une stratégie invasive précoce est prévue et que l'anatomie coronaire est inconnue
- Réserver le prétraitement aux patients pour lesquels une stratégie invasive différée ou conservatrice est anticipée, en l'absence de haut risque hémorragique
- À la coronarographie, rechercher une corrélation entre le territoire électrique/échographique et la lésion angiographique pour identifier la lésion coupable
- En cas de lésion coupable non évidente (plusieurs sténoses de sévérité similaire), recourir à l'imagerie intracoronaire (OCT, à la recherche d'une rupture ou érosion de plaque) ou à une évaluation fonctionnelle (FFR/iFR) des lésions litigieuses
- Chez le patient présentant une maladie multitronculaire associée, appliquer les mêmes principes de revascularisation complète que dans le SCA ST+ (classe I, A)
- Éliminer un diagnostic différentiel (MINOCA, myocardite, syndrome de Takotsubo) en l'absence de lésion coupable identifiable malgré une coronarographie normale ou subnormale
Algorithme décisionnel
Figure 16 — Algorithme — angioplastie dans le SCA non-ST+
Références bibliographiques (4)
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Chapitre 9Angioplastie du tronc commun gauche
Contexte et niveau de preuve
La revascularisation du tronc commun gauche a fait l'objet d'une controverse scientifique majeure à la suite des résultats à 5 ans de l'essai EXCEL, qui ont montré un excès de mortalité toutes causes avec la PCI par rapport au pontage (CABG), conduisant l'EACTS à retirer son soutien au chapitre correspondant des recommandations ESC/EACTS 2018. Une réévaluation conjointe ESC/EACTS, s'appuyant sur une méta-analyse indépendante n'ayant pas confirmé de différence de mortalité significative à 5 ans, a abouti à une révision des recommandations dans les lignes directrices 2024 sur les syndromes coronariens chroniques : le pontage reste la stratégie globalement préférée, mais la PCI est une alternative de classe I, A lorsque la complexité anatomique est faible (SYNTAX ≤ 22) et de classe IIa entre 23 et 32.
Indications / situations d'application
Tableau 15 — Indications et niveaux de recommandation — Angioplastie du tronc commun gauche
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Pontage (CABG) comme stratégie de revascularisation globalement préférée chez le patient à bas risque chirurgical | I, A |
| ✔ | Discussion en Heart Team systématique avant toute décision ; pas de PCI ad hoc si CABG et PCI sont également recommandées | I, C |
| ✔ | IVUS systématique pour guider et optimiser toute PCI du tronc commun (l'OCT est inadaptée à l'ostium et au tronc) | I, A |
| ✔ | PCI en alternative au pontage si SYNTAX ≤ 22 et revascularisation complète équivalente réalisable (ESC 2024) | I, A |
| ⚠︎ | PCI à considérer si SYNTAX 23–32 et revascularisation complète équivalente réalisable | IIa, A |
| ✘ | PCI du tronc commun sans IVUS, ou sans discussion Heart Team préalable, en dehors de l'urgence vitale | III |
Démarche décisionnelle
- Calculer systématiquement le score SYNTAX pour quantifier la complexité anatomique de l'atteinte du tronc commun et des lésions associées
- Évaluer le risque chirurgical par un score validé (STS) plutôt que par le seul jugement clinique
- SYNTAX > 32 : pontage. SYNTAX 23–32 : pontage préféré, PCI envisageable (IIa). SYNTAX ≤ 22 : PCI et pontage sont deux options de classe I, A, le choix étant partagé avec le patient
- Ne retenir la PCI que si une revascularisation complète équivalente à la chirurgie est réalisable par voie percutanée ; chez le patient à risque chirurgical prohibitif, la PCI est discutée en Heart Team quelle que soit la complexité
- Impliquer systématiquement le patient dans la décision partagée, en particulier lorsque les deux options sont recommandées de façon équivalente
- En cas de PCI retenue, recourir systématiquement à l'IVUS (avant et après stenting) et adapter la technique de stenting à l'atteinte ou non de la bifurcation distale (cf. Chapitre 6)
Algorithme décisionnel
Figure 17 — Algorithme — revascularisation du tronc commun gauche
Références bibliographiques (4)
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Chapitre 10Physiologie coronaire : FFR, iFR et QFR
Contexte et niveau de preuve
L'estimation visuelle du degré de sténose en angiographie est notoirement imprécise pour les lésions intermédiaires (40 à 90 % en diamètre). L'évaluation fonctionnelle par fil de pression (FFR sous hyperémie, ou indices de repos tels que l'iFR) permet d'objectiver le retentissement hémodynamique réel d'une sténose et de guider la décision de revascularisation, avec un bénéfice clinique démontré par rapport à la seule angiographie (essais FAME et FAME 2). Les indices de repos (iFR, RFR, DFR), plus rapides et sans besoin d'hyperémie pharmacologique, ont démontré une non-infériorité par rapport au FFR (essais DEFINE-FLAIR et iFR-SWEDEHEART) et sont aujourd'hui considérés comme équivalents dans les recommandations.
Dans le syndrome coronarien chronique, le réflexe consistant à traiter toute sténose jugée « serrée » à l’œil nu reste répandu, alors que les données disponibles vont dans le sens inverse : l’essai ORBITA n’a pas montré de bénéfice symptomatique de la PCI guidée par l’angiographie seule sur un critère d’effort objectif face à une procédure simulée, et l’essai ISCHEMIA n’a pas montré de réduction des événements cardiovasculaires d’une stratégie invasive systématique par rapport au traitement médical optimal chez des patients stables, y compris en présence d’ischémie significative. Associées aux données de FAME 2, ces études convergent vers un message simple : en dehors de l’urgence, une angioplastie guidée par la seule angiographie dans le syndrome coronarien chronique expose le patient aux risques procéduraux et au risque de thrombose/resténose du stent sans bénéfice clinique garanti si la sténose n’est pas confirmée hémodynamiquement significative.
Indications / situations d'application
Tableau 16 — Indications et niveaux de recommandation — Physiologie coronaire : FFR, iFR et QFR
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | FFR ou iFR (ou indice de repos équivalent) pour guider la décision de revascularisation sur une sténose angiographiquement intermédiaire | I, A |
| ✔ | Différer la revascularisation d'une lésion avec FFR > 0,80 ou iFR > 0,89 (sécurité démontrée à long terme) | I, A |
| ⚠︎ | QFR (dérivé de l'angiographie, sans fil de pression) en alternative lorsque l'évaluation invasive n'est pas réalisable | IIa, B |
| ⚠︎ | Évaluation de la réserve coronaire (CFR) et de la résistance microvasculaire (IMR) en cas de suspicion de dysfonction microvasculaire (angor à coronaires non obstructives) | IIa, B |
| ✘ | Angioplastie d'une sténose jugée significative sur la seule estimation visuelle en angiographie, dans le syndrome coronarien chronique, sans confirmation fonctionnelle (FFR/iFR) : les données actuelles indiquent qu'une telle stratégie peut exposer le patient à un risque procédural sans bénéfice clinique démontré | III |
Repères techniques
- FFR : rapport de pression distale/aortique sous hyperémie maximale (adénosine IV ou intracoronaire) ; seuil de significativité ≤ 0,80
- iFR (et indices de repos apparentés RFR, DFR) : mesure en diastole sans hyperémie ; seuil de significativité ≤ 0,89
- QFR : calcul de la FFR à partir de la reconstruction 3D de l'angiographie coronaire, sans fil de pression ni hyperémie ; alternative validée (FAVOR III China) lorsque l'évaluation par fil de pression n'est pas réalisable, et non substitut d'économie
- Pull-back manuel ou automatisé pour cartographier une atteinte diffuse ou des lésions tandem et distinguer la contribution de chaque segment
- CFR (réserve de flux coronaire) et IMR (index de résistance microvasculaire) pour l'exploration spécifique de la microcirculation, en particulier dans l'angor à coronaires non obstructives (ANOCA/INOCA)
Algorithme décisionnel
Figure 18 — Algorithme — physiologie coronaire dans le syndrome coronarien chronique
Références bibliographiques (7)
- De Bruyne B, Pijls NH, Kalesan B, et al. Fractional flow reserve-guided PCI versus medical therapy in stable coronary disease (FAME 2). N Engl J Med. 2012;367(11):991-1001.
- Davies JE, Sen S, Dehbi HM, et al. Use of the instantaneous wave-free ratio or fractional flow reserve in PCI (DEFINE- FLAIR). N Engl J Med. 2017;376(19):1824-1834.
- Götberg M, Christiansen EH, Gudmundsdottir IJ, et al. Instantaneous wave-free ratio versus fractional flow reserve to guide PCI (iFR-SWEDEHEART). N Engl J Med. 2017;376(19):1813-1823.
- Xu B, Tu S, Song L, et al. Angiographic quantitative flow ratio-guided coronary intervention (FAVOR III China). Lancet. 2021;398(10317):2149-2159.
- Vrints C, Andreotti F, Koskinas KC, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of chronic coronary syndromes. Eur Heart J. 2024;45(36):3415-3537.
- Al-Lamee R, Thompson D, Dehbi HM, et al. Percutaneous coronary intervention in stable angina (ORBITA): a double- blind, randomised controlled trial. Lancet. 2018;391(10115):31-40.
- Maron DJ, Hochman JS, Reynolds HR, et al. Initial invasive or conservative strategy for stable coronary disease (ISCHEMIA). N Engl J Med. 2020;382(15):1395-1407.
Chapitre 11Imagerie intracoronaire : IVUS et OCT
Contexte et niveau de preuve
L'échographie endocoronaire (IVUS) et la tomographie par cohérence optique (OCT) permettent de dépasser les limites bien documentées de l'angiographie seule — projection bidimensionnelle d'une structure tridimensionnelle, incapacité à caractériser la composition de la paroi vasculaire. Une actualisation majeure des recommandations européennes (ESC 2024, syndromes coronariens chroniques) a rehaussé l'imagerie intracoronaire de la classe IIa à la classe I, niveau A, pour guider l'angioplastie des lésions complexes, sur la base d'essais randomisés récents (RENOVATE-COMPLEX-PCI, OCTOBER, ILUMIEN IV) déjà présentés au Chapitre 6. Le consensus d'experts de l'EAPCI, publié en deux volets (2018 pour l'optimisation procédurale, 2019 pour les syndromes coronariens aigus et les situations angiographiquement ambiguës), reste le document de référence européen le plus complet sur le sujet. Du côté américain, la synthèse de l'état de l'art publiée par l'American College of Cardiology fait référence, dans un contexte où l'adoption de l'imagerie intracoronaire demeure historiquement plus faible qu'en Asie ou en Europe malgré des données probantes concordantes.
IVUS et OCT : deux technologies complémentaires
L'IVUS utilise les ultrasons, qui traversent le sang et pénètrent profondément dans la paroi vasculaire (jusqu'à environ 10 mm), au prix d'une résolution axiale limitée (100-150 µm) insuffisante pour distinguer les structures fines telles qu'une chape fibreuse. L'OCT utilise une lumière proche infrarouge dont la résolution est nettement supérieure (10-20 µm), au prix d'une pénétration tissulaire limitée (1-2 mm) et de la nécessité de purger transitoirement le sang de la lumière artérielle (flush au sérum ou au contraste) pour acquérir l'image, ce qui la rend inadaptée en cas d'insuffisance rénale sévère ou de vaisseau de très gros calibre.
Figure 19 — IVUS (à gauche) et OCT (à droite) : même segment stenté en coupe transversale et en vue longitudinale
Tableau 17 — IVUS et OCT : comparaison pratique des deux techniques
| Critère | IVUS | OCT |
|---|---|---|
| Principe physique | Ultrasons (20–60 MHz) | Lumière proche infrarouge (≈ 1 300 nm) |
| Résolution axiale | 100–150 µm (≈ 40 µm en haute définition) | 10–20 µm |
| Pénétration tissulaire | 5–10 mm : paroi entière visible | 1–2 mm : limitée par la plaque lipidique |
| Purge du sang | Non nécessaire | Indispensable (contraste ou sérum à chaque acquisition) |
| Limite externe (EEM) | Visible, y compris sous plaque épaisse | Souvent masquée par une plaque lipidique ou épaisse |
| Calcium | Arc mesurable ; épaisseur non mesurable (cône d'ombre) | Arc, épaisseur et longueur mesurables |
| Chape fibreuse, thrombus, érosion | Caractérisation limitée | Chape fine (< 65 µm), érosion, thrombus rouge ou blanc identifiables |
| Apposition et couverture des mailles | Évaluation correcte | Évaluation fine, maille par maille |
| Dimensionnement du stent | Sur l'EEM (moyenne des diamètres, arrondie à la taille inférieure) | Sur l'EEM si visible ; sinon sur la lumière (+ 0,25 à 0,5 mm) |
| Critère d'expansion (hors tronc commun) | Surface minimale du stent > 5,5 mm² ou > 90 % de la référence distale | Surface minimale du stent > 4,5 mm² ou > 90 % de la référence distale |
| Situations préférentielles | Tronc commun et lésions ostiales, gros vaisseaux, insuffisance rénale, CTO | SCA (mécanisme), calcium à préparer, échec de stent, bifurcations hors tronc |
| Limites principales | Résolution, artéfacts de l'anneau proximal, interprétation de la plaque | Ostium aorto-coronaire, vaisseaux > 5 mm, contraste supplémentaire, thrombus volumineux |
Indications / situations d'application
Tableau 18 — Indications et niveaux de recommandation — Imagerie intracoronaire : IVUS et OCT
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Imagerie intracoronaire (IVUS ou OCT) pour guider le stenting des lésions complexes : tronc commun (IVUS), bifurcations vraies, lésions longues, lésions calcifiées | I, A |
| ✔ | Imagerie intracoronaire systématique en cas d'échec de stent (thrombose ou resténose) pour en déterminer le mécanisme | I, C |
| ⚠︎ | IVUS préférentiel pour l'évaluation de la sévérité d'une sténose du tronc commun et le dimensionnement en cas d'insuffisance rénale | IIa, B |
| ⚠︎ | OCT préférentiel pour la caractérisation d'un mécanisme de SCA (rupture vs érosion de plaque) et l'évaluation fine de l'apposition du stent | IIa, B |
| ✘ | OCT en présence d'une insuffisance rénale sévère non dialysée ou d'un vaisseau trop large pour un flush efficace (nécessité d'injection de contraste supplémentaire) | III |
Mesures et critères d'optimisation
- Surface luminale minimale (MLA) : critère central de sévérité d'une sténose intermédiaire, en particulier au tronc commun (seuil habituel < 6 mm² évocateur de sténose significative en IVUS)
- Charge de plaque (plaque burden) et caractérisation du type de plaque (fibreuse, lipidique, calcifiée) pour orienter la préparation de lésion (cf. Chapitre 5)
- Arc calcique et épaisseur du calcium (IVUS) pour la décision d'athérectomie ou de lithotripsie
- Épaisseur de la chape fibreuse et présence d'un centre lipidique volumineux (OCT) pour l'identification d'une plaque à risque de rupture
- Après implantation du stent : expansion (rapport à la surface de référence, cible ≥ 80 %), apposition complète des mailles, absence de dissection de bord significative (> 60° de circonférence ou > 3 mm de longueur)
- En cas d'échec de stent : recherche systématique d'une sous-expansion, d'une malapposition tardive, d'une néo- athérosclérose ou d'une fracture de stent selon le contexte (resténose vs thrombose)
Gestion des complications spécifiques
Le passage du cathlon d'imagerie peut occasionnellement provoquer un spasme coronaire, résolutif après administration intracoronaire de nitrés, ou plus rarement une dissection localisée liée au guide ou au cathéter lui-même. La purge nécessaire à l'acquisition OCT peut transitoirement provoquer une ischémie ou des troubles du rythme, en particulier en cas d'injection prolongée ou de débit coronaire déjà compromis ; l'acquisition doit alors être interrompue sans délai.
Algorithme décisionnel
Figure 20 — Algorithme — choix et usage de l'imagerie intracoronaire
Références bibliographiques (6)
- Räber L, Mintz GS, Koskinas KC, et al. Clinical use of intracoronary imaging. Part 1: guidance and optimization of coronary interventions. An EAPCI consensus document. Eur Heart J. 2018;39(35):3281-3300.
- Johnson TW, Räber L, di Mario C, et al. Clinical use of intracoronary imaging. Part 2: acute coronary syndromes, ambiguous coronary angiography findings, and guiding interventional decision-making. Eur Heart J. 2019;40(31):2566-2584.
- Vrints C, Andreotti F, Koskinas KC, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of chronic coronary syndromes. Eur Heart J. 2024;45(36):3415-3537.
- Truesdell AG, Alasnag MA, Kaul P, et al. Intravascular imaging during percutaneous coronary intervention: JACC state-of-the-art review. J Am Coll Cardiol. 2023;81(6):590-605.
- Lee JM, Choi KH, Song YB, et al. Intravascular imaging-guided or angiography-guided complex PCI (RENOVATE- COMPLEX-PCI). N Engl J Med. 2023;388(18):1668-1679.
- Holm NR, Andreasen LN, Neghabat O, et al. OCT or angiography guidance for PCI in complex bifurcation lesions (OCTOBER). N Engl J Med. 2023;389(16):1477-1487.
IV
Structurel et valvulaire
Figure 21 — Principe du TAVI transfémoral : trajet du système, franchissement de la valve calcifiée, déploiement, prothèse fonctionnelle
Chapitre 12Implantation valvulaire aortique par voie percutanée (TAVI)
Contexte et niveau de preuve
La TAVI, initialement réservée aux patients inopérables ou à haut risque chirurgical, s'est progressivement étendue aux patients à risque intermédiaire puis faible, à la suite des essais PARTNER 3 et Evolut Low Risk (2019), qui ont montré une non-infériorité, voire une supériorité, sur le critère composite à court et moyen terme par rapport à la chirurgie chez des patients à bas risque. Les recommandations ESC/EACTS 2025 sur les valvulopathies, qui actualisent la version 2021, et les recommandations américaines ACC/AHA 2020 convergent sur une approche fondée avant tout sur l'âge et l'espérance de vie plutôt que sur le seul score de risque chirurgical, tout en présentant des seuils d'âge légèrement différents entre les deux continents. Les recommandations européennes 2025 ont abaissé de 75 à 70 ans le seuil d'âge à partir duquel la TAVI est privilégiée chez le patient à valve tricuspide.
Indications / situations d'application
Tableau 19 — Indications et niveaux de recommandation — Implantation valvulaire aortique par voie percutanée (TAVI)
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | TAVI chez le patient ≥ 70 ans avec RAC serré symptomatique sur valve tricuspide et anatomie fémorale adaptée (ESC/EACTS 2025) | I, A |
| ✔ | Remplacement valvulaire chirurgical chez le patient < 70 ans à bas risque chirurgical (ESC/EACTS 2025) | I, B |
| ✔ | Décision partagée entre TAVI et SAVR chez le patient de 65-80 ans, selon anatomie, comorbidités et préférence (ACC/AHA 2020) | I, A |
| ✔ | Voie transfémorale privilégiée par rapport aux voies alternatives (trans- apicale, sous-clavière) chaque fois qu'anatomiquement réalisable | I, A |
| ✘ | TAVI hors Heart Team / Heart Valve Centre en dehors de l'urgence vitale | III |
Conduite pratique du geste
- Bilan pré-procédural systématique par angioscanner cardiaque et vasculaire pour le dimensionnement de la prothèse et l'évaluation des voies d'accès
- Discussion systématique en Heart Team (ou Heart Valve Centre) intégrant cardiologue interventionnel, chirurgien cardiaque et imageur
- Privilégier la voie transfémorale ; recourir à une voie alternative (trans-apicale, sous-clavière, carotidienne) uniquement si l'anatomie ilio-fémorale est défavorable
- Positionner la prothèse sous guidage fluoroscopique et échocardiographique, avec attention particulière à la profondeur d'implantation (risque de trouble conductif)
- Évaluer le résultat immédiat par aortographie et échocardiographie (recherche de fuite paravalvulaire, position de la prothèse)
- Surveiller le rythme cardiaque pendant au moins 24 à 48h à la recherche d'un trouble conductif nécessitant un stimulateur cardiaque définitif
Gestion des complications
Les complications vasculaires liées à l'accès fémoral restent la complication la plus fréquente et justifient un repérage échographique ou tomodensitométrique systématique de la voie d'abord. Un trouble conductif de haut degré (bloc atrio- ventriculaire complet) justifie l'implantation d'un stimulateur cardiaque définitif selon les critères habituels ; une fuite paravalvulaire modérée à sévère peut nécessiter une post-dilatation, l'implantation d'une valve dans la valve (valve-in- valve), voire une conversion chirurgicale dans de rares cas.
Algorithme décisionnel
Figure 22 — Algorithme — TAVI
Références bibliographiques (4)
- Praz F, Borger MA, Lanz J, et al. 2025 ESC/EACTS Guidelines for the management of valvular heart disease. Eur Heart J. 2025;46(44):4635-4736.
- Otto CM, Nishimura RA, Bonow RO, et al. 2020 ACC/AHA Guideline for the management of patients with valvular heart disease. J Am Coll Cardiol. 2021;77(4):e25-e197.
- Mack MJ, Leon MB, Thourani VH, et al. Transcatheter aortic-valve replacement with a balloon-expandable valve in low-risk patients (PARTNER 3). N Engl J Med. 2019;380(18):1695-1705.
- Popma JJ, Deeb GM, Yakubov SJ, et al. Transcatheter aortic-valve replacement with a self-expanding valve in low-risk patients (Evolut Low Risk). N Engl J Med. 2019;380(18):1706-1715.
Chapitre 13Fermetures percutanées : FOP, CIA et auricule gauche
Contexte et niveau de preuve
Trois procédures de fermeture percutanée partagent une même logique interventionnelle — accès veineux, guidage échographique, mise en place d'un dispositif d'occlusion — pour des indications très différentes : la communication interauriculaire (CIA) de type ostium secundum, le foramen ovale perméable (FOP) après AVC cryptogénique, et l'auricule gauche chez le patient en fibrillation atriale ne pouvant recevoir d'anticoagulation au long cours. La fermeture du FOP a connu une évolution notable depuis 2017, avec la publication convergente de plusieurs essais randomisés (RESPECT actualisé, CLOSE, REDUCE, DEFENSE-PFO) ayant démontré un bénéfice chez des patients soigneusement sélectionnés.
Indications / situations d'application
Tableau 20 — Indications et niveaux de recommandation — Fermetures percutanées : FOP, CIA et auricule gauche
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Fermeture de CIA de type ostium secundum par voie percutanée en 1ère intention si anatomie adaptée | I, B |
| ⚠︎ | Fermeture du FOP chez le patient < 60 ans avec AVC cryptogénique et caractéristiques à haut risque, après exclusion d'une autre cause | IIa, A |
| ⚠︎ | Occlusion de l'auricule gauche en cas de FA et contre-indication durable à l'anticoagulation orale — classe IIa aux États-Unis (ACC/AHA/HRS 2023) | IIa, B |
| ⚠︎ | Occlusion de l'auricule gauche dans la même situation — classe IIb en Europe (ESC 2024), nuance transatlantique à connaître | IIb, C |
| ✘ | Fermeture systématique d'un FOP fortuitement découvert en l'absence d'AVC cryptogénique ou d'autre indication reconnue | III |
Fermeture du foramen ovale perméable après AVC cryptogénique
- Exclure une autre cause d'AVC par un bilan exhaustif (Holter prolongé pour fibrillation atriale, imagerie vasculaire cervicale et intracrânienne, bilan de thrombophilie si contexte évocateur)
- Caractériser le FOP en échocardiographie (taille du shunt, anévrisme du septum interauriculaire) et calculer un score de probabilité (score RoPE) pour estimer la causalité du FOP dans l'AVC
- Réserver la fermeture aux patients de moins de 60 ans présentant des caractéristiques à haut risque, après décision pluridisciplinaire neuro-cardiologique
- Réaliser la fermeture sous guidage échographique (ICE ou ETO) avec un dispositif dédié, par ponction veineuse fémorale
Occlusion de l'auricule gauche
- Confirmer une contre-indication durable et non réversible à l'anticoagulation orale au long cours (saignement majeur non réversible, chutes récidivantes non maîtrisables)
- Discuter le rapport bénéfice-risque en concertation pluridisciplinaire avant de retenir l'indication
- Réaliser la procédure sous guidage ETO ou échographie intracardiaque après ponction transseptale
- Prévoir un contrôle échographique à 45 jours-3 mois à la recherche d'un thrombus sur dispositif ou d'une fuite péri- dispositif significative
Gestion des complications
L'embolisation du dispositif, rare mais potentiellement grave, impose une récupération percutanée ou chirurgicale selon la localisation. L'érosion tardive de la paroi auriculaire après fermeture de CIA reste exceptionnelle mais justifie une vigilance clinique à long terme. Après occlusion de l'auricule gauche, un thrombus sur dispositif détecté à l'imagerie de contrôle justifie la reprise d'une anticoagulation transitoire, sous réserve de la tolérance du patient.
Algorithme décisionnel — Fermeture du FOP
Figure 23 — Algorithme — fermeture du foramen ovale perméable
Algorithme décisionnel — Occlusion de l'auricule gauche
Figure 24 — Algorithme — occlusion de l'auricule gauche
Références bibliographiques (8)
- Baumgartner H, De Backer J, Babu-Narayan SV, et al. 2020 ESC Guidelines for the management of adult congenital heart disease. Eur Heart J. 2021;42(6):563-645.
- Saver JL, Carroll JD, Thaler DE, et al. Long-term outcomes of patent foramen ovale closure or medical therapy after stroke (RESPECT). N Engl J Med. 2017;377(11):1022-1032.
- Mas JL, Derumeaux G, Guillon B, et al. Patent foramen ovale closure or anticoagulation vs. antiplatelets after stroke (CLOSE). N Engl J Med. 2017;377(11):1011-1021.
- Søndergaard L, Kasner SE, Rhodes JF, et al. Patent foramen ovale closure or antiplatelet therapy for cryptogenic stroke (REDUCE). N Engl J Med. 2017;377(11):1033-1042.
- Lee PH, Song JK, Kim JS, et al. Cryptogenic stroke and high-risk patent foramen ovale: the DEFENSE-PFO trial. J Am Coll Cardiol. 2018;71(20):2335-2342.
- Joglar JA, Chung MK, Armbruster AL, et al. 2023 ACC/AHA/ACCP/HRS Guideline for the diagnosis and management of atrial fibrillation. Circulation. 2024;149(1):e1-e156.
- Van Gelder IC, Rienstra M, Bunting KV, et al. 2024 ESC Guidelines for the management of atrial fibrillation. Eur Heart J. 2024;45(36):3314-3414.
- Osmancik P, Herman D, Neuzil P, et al. Left atrial appendage closure versus direct oral anticoagulants in high-risk patients with atrial fibrillation (PRAGUE-17). J Am Coll Cardiol. 2020;75(25):3122-3135.
Chapitre 14Réparation mitrale et tricuspide percutanée
Contexte et niveau de preuve : une décennie de controverses scientifiques
Peu de domaines de la cardiologie interventionnelle ont connu une controverse scientifique aussi structurante que la réparation mitrale percutanée bord-à-bord (M-TEER). L'essai EVEREST II (2011) a d'abord établi la faisabilité et la sécurité du dispositif MitraClip dans l'insuffisance mitrale (IM) primaire, au prix d'une efficacité inférieure à la chirurgie sur la réduction de la fuite résiduelle, positionnant le M-TEER comme une option pour les patients à haut risque chirurgical plutôt qu'une alternative de première intention.
La question s'est déplacée en 2018 avec la publication simultanée de deux essais randomisés testant le M-TEER dans l'IM secondaire (fonctionnelle) associée à l'insuffisance cardiaque : COAPT a démontré une réduction spectaculaire des hospitalisations pour insuffisance cardiaque et de la mortalité toutes causes à 24 mois, tandis que MITRA-FR, publié le même jour, n'a montré aucun bénéfice sur ces mêmes critères. Cette discordance, initialement attribuée à la notion de disproportion entre sévérité de l'IM et dilatation ventriculaire gauche (« IM proportionnée versus disproportionnée »), a été réexaminée à la lumière d'un troisième essai, RESHAPE-HF2, publié en 2024 : celui-ci a montré un bénéfice significatif du M-TEER malgré une sévérité de l'IM à l'inclusion proche de celle de MITRA-FR, ce qui a conduit plusieurs analyses de reconciliation (fondées notamment sur le volume télédiastolique du ventricule gauche) à proposer un cadre plus continu que la simple dichotomie proportionnée/disproportionnée. Les éditorialistes soulignent cependant qu'aucun de ces trois essais ne doit être interprété isolément, et que RESHAPE-HF2 ne justifie pas un élargissement non encadré des indications actuelles. Les recommandations ESC/EACTS 2025 ont élevé le M-TEER en classe I dans l'IM secondaire ventriculaire répondant à ces critères.
Le versant tricuspide a connu une évolution plus rapide : longtemps qualifiée de « valve oubliée », l'insuffisance tricuspide (IT) sévère dispose désormais de trois essais randomisés (TRILUMINATE Pivotal pour le TEER, Tri.Fr pour le TEER isolé, TRISCEND II pour le remplacement transcathéter), qui ont conduit les recommandations ESC/EACTS 2025 à faire passer le traitement transcathéter de l'IT de la classe IIb à la classe IIa, tout en maintenant une prudence explicite chez les patients à risque de futilité procédurale (dysfonction ventriculaire sévère, hypertension pulmonaire précapillaire).
Indications / situations d'application
Tableau 21 — Indications et niveaux de recommandation — Réparation mitrale et tricuspide percutanée
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Chirurgie (réparation privilégiée) en 1ère intention pour l'IM primaire sévère symptomatique à bas risque chirurgical | I, A |
| ⚠︎ | M-TEER pour IM primaire sévère à haut risque chirurgical, anatomie favorable (EVEREST II) | IIa, B |
| ✔ | M-TEER pour IM secondaire ventriculaire restant symptomatique malgré un traitement médical optimal, critères anatomiques et fonctionnels de type COAPT (ESC/EACTS 2025) | I, A |
| ⚠︎ | Traitement transcathéter (TEER ou remplacement) pour IT sévère symptomatique isolée, hors dysfonction VG/VD sévère ou HTP précapillaire (ESC/EACTS 2025, upgradé de IIb à IIa) | IIa, A |
| ✘ | Traitement transcathéter de l'IT en cas de dysfonction ventriculaire sévère ou d'HTP précapillaire (risque de futilité procédurale) | III |
Réparation mitrale : démarche pratique
- Déterminer le mécanisme de l'IM (primaire/dégénérative versus secondaire/fonctionnelle), qui conditionne entièrement la suite de la démarche
- Pour l'IM primaire : privilégier la chirurgie (réparation plutôt que remplacement) si le risque chirurgical est bas à intermédiaire ; réserver le M-TEER aux patients à haut risque avec anatomie valvulaire favorable (feuillet postérieur suffisant, absence de calcification sévère)
- Pour l'IM secondaire : optimiser au préalable le traitement médical de l'insuffisance cardiaque (incluant resynchronisation si indiquée) pendant au moins 3 mois avant de réévaluer la sévérité de l'IM
- Vérifier les critères anatomiques et fonctionnels ayant guidé la sélection des patients dans COAPT (FEVG 20-50 %, orifice régurgitant effectif et volume régurgité significatifs, dimensions ventriculaires compatibles) avant de proposer un M-TEER
- Réaliser le geste sous guidage échographique transoesophagien 3D, par ponction transseptale, avec évaluation continue du gradient mitral résiduel pour éviter une sténose mitrale iatrogène
Réparation tricuspide : démarche pratique
- Optimiser le traitement diurétique et réévaluer la sévérité de l'IT et le retentissement ventriculaire droit avant toute décision interventionnelle
- Écarter une dysfonction ventriculaire gauche ou droite sévère et une hypertension pulmonaire précapillaire, situations où le traitement médical seul reste préférable en raison d'un risque de futilité
- En cas de geste chirurgical par ailleurs indiqué (valve mitrale ou aortique associée), privilégier une annuloplastie tricuspide chirurgicale concomitante plutôt qu'un geste percutané isolé différé
- Pour l'IT isolée, évaluer l'anatomie valvulaire (coaptation des feuillets, taille de l'anneau) pour orienter entre TEER (TriClip) et remplacement transcathéter (EVOQUE, évalué dans TRISCEND II) en cas d'anatomie défavorable au bord-à-bord
- Informer le patient que le bénéfice attendu du TEER tricuspide porte avant tout sur les symptômes et la qualité de vie, les essais n'ayant pas démontré de réduction significative de la mortalité isolément
Gestion des complications
Au-delà du SLDA et de la sténose iatrogène, les complications propres au TEER incluent la perforation cardiaque lors de la ponction transseptale, l'embolisation gazeuse, et la persistance d'une régurgitation résiduelle significative justifiant l'implantation d'un second dispositif dans le même temps ou lors d'une procédure ultérieure. Le remplacement transcathéter tricuspide expose en outre à un risque spécifique de gêne au passage d'une future sonde de stimulation, à anticiper chez les patients susceptibles de nécessiter un dispositif électronique implantable.
Algorithme décisionnel — Réparation mitrale
Figure 25 — Algorithme — réparation mitrale percutanée
Algorithme décisionnel — Réparation tricuspide
Figure 26 — Algorithme — réparation tricuspide percutanée
Références bibliographiques (8)
- Praz F, Borger MA, Lanz J, et al. 2025 ESC/EACTS Guidelines for the management of valvular heart disease. Eur Heart J. 2025;46(44):4635-4736.
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- Obadia JF, Messika-Zeitoun D, Leurent G, et al. Percutaneous repair or medical treatment for secondary mitral regurgitation (MITRA-FR). N Engl J Med. 2018;379(24):2297-2306.
- Anker SD, Friede T, von Bardeleben RS, et al. Transcatheter valve repair in heart failure with moderate to severe mitral regurgitation (RESHAPE-HF2). N Engl J Med. 2024. DOI:10.1056/NEJMoa2314328.
- Sorajja P, Whisenant B, Hamid N, et al. Transcatheter repair for patients with tricuspid regurgitation (TRILUMINATE Pivotal). N Engl J Med. 2023;388(20):1833-1842.
- Donal E, Dreyfus J, Leurent G, et al. Transcatheter edge-to-edge repair for severe isolated tricuspid regurgitation (Tri.Fr). JAMA. 2025;333(2):124-132.
- Hahn RT, Makkar R, Thourani VH, et al. Transcatheter tricuspid valve replacement in patients with tricuspid regurgitation (TRISCEND II). N Engl J Med. 2024.
V
Gestion des risques
Figure 27 — Vigilance procédurale : surveillance continue et matériel de sauvetage prêt à l'emploi
Chapitre 15Complications procédurales : dissection, perforation, no-reflow
Contexte et niveau de preuve
Trois complications mécaniques dominent la morbidité procédurale immédiate en cardiologie interventionnelle : la dissection coronaire, la perforation, et le phénomène de no-reflow. Leur reconnaissance précoce et leur prise en charge protocolisée conditionnent directement le pronostic. La classification de la dissection coronaire du National Heart, Lung, and Blood Institute (NHLBI, types A à F) et la classification de la perforation coronaire d'Ellis (types I à III) constituent les référentiels historiques toujours utilisés pour structurer la décision thérapeutique.
Indications / situations d'application
Tableau 22 — Indications et niveaux de recommandation — Complications procédurales : dissection, perforation, no-reflow
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Gonflage immédiat d'un ballon en amont de toute perforation coronaire confirmée (tamponnade interne) | I, C |
| ✔ | Implantation d'un stent couvert en urgence pour toute perforation de type III (Ellis) avec jet actif | I, C |
| ✔ | Vasodilatateurs intracoronaires (adénosine, vérapamil, nitroprussiate) en 1ère intention pour le no-reflow | I, B |
| ⚠︎ | Dissection coronaire de type A/B (NHLBI), limitée et sans retentissement sur le flux : surveillance possible sans stenting systématique | IIa, C |
| ✘ | Utilisation de vasodilatateurs systémiques (IV) pour traiter le no-reflow | III |
Dissection coronaire : reconnaissance et conduite à tenir
- Classer la dissection selon la classification NHLBI : types A et B (irrégularités mineures ou linéaires sans persistance de produit de contraste) généralement sans conséquence hémodynamique
- Types C à F : dissection spirale, persistance de contraste, ou occlusion — retentissement sur le flux plus fréquent, stenting généralement nécessaire
- Toute dissection compromettant le flux (TIMI < 3) doit être traitée par stent couvrant l'intégralité du segment disséqué
- Une dissection limitée sans retentissement sur le flux peut être surveillée sans geste complémentaire, avec contrôle angiographique après quelques minutes
Perforation coronaire : conduite à tenir selon la classification d'Ellis
- Type I (cratère extraluminal sans extravasation) : surveillance et poursuite prudente de la procédure, sans mesure de sauvetage spécifique
- Type II (extravasation myocardique ou péricardique sans jet net) : gonflage prolongé d'un ballon en amont (au moins 10 minutes), réversion de l'héparine si nécessaire
- Type III (extravasation par un jet net, souvent liée au fil-guide en distalité ou à un ballon/stent surdimensionné) : stent couvert en urgence pour un vaisseau proximal ou moyen (technique à deux guides, « block and deliver »), embolisation (coils, graisse, thrombine) pour les perforations distales ou de collatérales
- Surveillance échocardiographique systématique à la recherche d'un épanchement péricardique, avec seuil bas pour la péricardiocentèse en cas de tamponnade
No-reflow : diagnostic différentiel et prise en charge
- Éliminer une cause mécanique corrigible (dissection résiduelle, thrombus proximal, spasme focal) avant de retenir le diagnostic de no-reflow vrai
- Administrer un vasodilatateur par voie intracoronaire distale au site (adénosine, vérapamil ou nitroprussiate de sodium), à répéter si nécessaire
- Ne jamais utiliser de vasodilatateur par voie systémique (IV), sans effet démontré sur la microcirculation coronaire et exposant à un risque d'hypotension
- En cas d'instabilité hémodynamique réfractaire, discuter une assistance circulatoire par pompe à flux micro-axial selon les critères du Chapitre 16 ; la contre-pulsion intra-aortique n'a plus de place en routine
Algorithme décisionnel — Perforation coronaire
Figure 28 — Algorithme — perforation coronaire
Algorithme décisionnel — No-reflow
Figure 29 — Algorithme — no-reflow
Références bibliographiques (5)
- Ellis SG, Ajluni S, Arnold AZ, et al. Increased coronary perforation in the new device era. Incidence, classification, management, and outcome. Circulation. 1994;90(6):2725-2730.
- Huang R, Grines C. National Heart, Lung, and Blood Institute coronary dissection classification and management. Cardiovasc Revasc Med. 2016.
- Niccoli G, Kharbanda RK, Crea F, Banning AP. No-reflow: again prevention is better than treatment. Eur Heart J. 2010;31(20):2449-2455.
- Byrne RA, Rossello X, Coughlan JJ, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of acute coronary syndromes. Eur Heart J. 2023;44(38):3720-3826.
- Shaukat A, Tajti P, Sandoval Y, et al. Contemporary management of coronary artery perforation. EuroIntervention. 2021.
Chapitre 16Le patient à haut risque : choc cardiogénique, insuffisance rénale, sujet âgé
Contexte et niveau de preuve
Trois profils de patients concentrent l'essentiel du risque procédural et pronostique en cardiologie interventionnelle. Le choc cardiogénique compliquant un infarctus reste grevé d'une mortalité proche de 40 à 50 % malgré la revascularisation, et a longtemps constitué un terrain d'échecs thérapeutiques répétés (contre-pulsion intra-aortique, ECMO veino-artérielle) jusqu'à la publication en 2024 de l'essai DanGer Shock, premier essai randomisé multicentrique à démontrer un bénéfice de mortalité d'une assistance circulatoire (pompe à flux micro-axial Impella CP) dans cette indication — bénéfice confirmé et amplifié dans le suivi à 10 ans publié en 2025. L'insuffisance rénale chronique et le grand âge, quant à eux, ne sont pas des contre-indications à la revascularisation mais imposent une adaptation systématique de la stratégie procédurale.
Indications / situations d'application
Tableau 23 — Indications et niveaux de recommandation — Le patient à haut risque : choc cardiogénique, insuffisance rénale, sujet âgé
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Angioplastie de la lésion coupable en urgence chez le patient en choc cardiogénique compliquant un SCA ST+ | I, B |
| ⚠︎ | Pompe à flux micro-axial (Impella CP) chez le patient répondant aux critères de l'essai DanGer Shock (lactate élevé, absence d'anoxie cérébrale) — ACC/AHA 2025 | IIa, B |
| ✔ | Stent actif de nouvelle génération avec DAPT courte chez le sujet âgé (≥ 75 ans), y compris en cas de SCA (essai SENIOR) | I, A |
| ⚠︎ | Approche gériatrique individualisée (évaluation de la fragilité) avant toute décision de revascularisation complexe chez le sujet âgé | IIa, C |
| ✘ | Contre-pulsion intra-aortique systématique dans le choc cardiogénique compliquant un SCA (essai IABP-SHOCK II) | III, B |
| ✘ | ECMO veino-artérielle systématique dans le choc compliquant un infarctus (essai ECLS-SHOCK) — ACC/AHA 2025 | III |
| ✘ | Hémofiltration prophylactique systématique chez l'insuffisant rénal avant angioplastie (essais MYTHOS, RENPHYLAXIS négatifs) | III, B |
Choc cardiogénique : la place nouvelle de l'assistance mécanique
- Réaliser l'angioplastie de la lésion coupable en urgence, en se limitant à cette lésion (culprit-only) conformément à l'essai CULPRIT-SHOCK
- Évaluer l'éligibilité à une pompe à flux micro-axial selon les critères de l'essai DanGer Shock : lactate élevé, absence d'anoxie cérébrale post-arrêt cardiaque, mise en place idéalement précoce (avant ou pendant la revascularisation)
- Ne plus recourir à la contre-pulsion intra-aortique de façon systématique, son absence de bénéfice ayant été démontrée par l'essai IABP-SHOCK II
- Réserver l'ECMO veino-artérielle aux situations réfractaires, en gardant à l'esprit la neutralité des essais randomisés récents (ECLS-SHOCK) sur la mortalité isolée
- Anticiper les complications propres à l'assistance mécanique (hémolyse, saignement, complications vasculaires), significativement plus fréquentes dans le groupe assisté de DanGer Shock
Insuffisance rénale sévère : adapter sans s'abstenir
- Minimiser strictement le volume de produit de contraste (cf. Chapitre 3) et privilégier l'IVUS à l'OCT pour l'imagerie intracoronaire (cf. Chapitre 11)
- Ne pas recourir à l'hémofiltration ou à l'hémodialyse prophylactique systématique, dont le bénéfice n'a pas été confirmé par les essais randomisés
- Assurer une hydratation péri-procédurale adaptée et surveiller la fonction rénale à 48-72h, y compris chez le patient dialysé chronique
- Ne jamais différer une revascularisation urgente au seul motif de l'insuffisance rénale, le pronostic vital primant sur le risque rénal
Sujet âgé et fragile : individualiser sans sous-traiter
- Utiliser un stent actif de nouvelle génération associé à une DAPT courte, stratégie validée spécifiquement chez le sujet de 75 ans et plus par l'essai SENIOR, supérieure au stent nu même en cas de DAPT brève
- Privilégier systématiquement la voie radiale, qui a démontré un bénéfice de sécurité particulièrement marqué dans cette population
- Intégrer une évaluation de la fragilité (autonomie, cognition, comorbidités) à la décision de revascularisation, au- delà du seul âge chronologique
- Ne pas exclure a priori le sujet âgé d'une stratégie invasive complète : l'âge avancé ne doit pas, à lui seul, justifier une prise en charge minimaliste
Gestion des complications spécifiques
Les complications vasculaires liées à l'implantation d'une assistance circulatoire (Impella, ECMO) imposent une surveillance rapprochée du membre perfusé et un dépistage systématique de l'ischémie de jambe en cas de canulation fémorale pour l'ECMO. Chez l'insuffisant rénal, la surveillance de la créatinine et de la diurèse doit se prolonger au-delà de la sortie d'unité de soins intensifs. Chez le sujet âgé, un syndrome confusionnel post-procédural doit systématiquement faire rechercher une cause organique (hypoperfusion, effet indésirable médicamenteux) avant d'être attribué au seul contexte hospitalier.
Algorithme décisionnel — Choc cardiogénique
Figure 30 — Algorithme — choc cardiogénique
Références bibliographiques (7)
- Møller JE, Engstrøm T, Jensen LO, et al. Microaxial flow pump or standard care in infarct-related cardiogenic shock (DanGer Shock). N Engl J Med. 2024;390(15):1382-1393.
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- Thiele H, Zeymer U, Neumann FJ, et al. Intra-aortic balloon support for myocardial infarction with cardiogenic shock (IABP-SHOCK II). N Engl J Med. 2012;367(14):1287-1296.
- Thiele H, Zeymer U, Akin I, et al. Extracorporeal life support in infarct-related cardiogenic shock (ECLS-SHOCK). N Engl J Med. 2023;389(14):1286-1297.
- Varenne O, Cook S, Sideris G, et al. Drug-eluting stents in elderly patients with coronary artery disease (SENIOR). Lancet. 2018;391(10115):41-50.
- Briguori C, Visconti G, Focaccio A, et al. Renal insufficiency after contrast media administration trial II (REMEDIAL II / MYTHOS). Circulation. 2011.
- Byrne RA, Rossello X, Coughlan JJ, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of acute coronary syndromes. Eur Heart J. 2023;44(38):3720-3826.
Chapitre 17Gestion de l'antiagrégation et de l'anticoagulation périprocédurales
Contexte et niveau de preuve
La stratégie antithrombotique périprocédurale a connu deux évolutions majeures au cours de la dernière décennie. Chez le patient en fibrillation atriale nécessitant une angioplastie, la trithérapie (anticoagulant oral + double antiagrégation), longtemps la norme, a été supplantée par une bithérapie (anticoagulant oral + un seul antiagrégant, généralement le clopidogrel), à la suite d'une série cohérente d'essais randomisés — WOEST, PIONEER AF-PCI, RE-DUAL PCI et enfin AUGUSTUS, qui en a confirmé la synthèse. Chez le patient sans indication à une anticoagulation chronique, la tendance est similaire : après une phase de double antiagrégation courte, l'arrêt de l'aspirine au profit d'une monothérapie par inhibiteur P2Y12 puissant (ticagrelor) a été validé par les essais TWILIGHT, TICO, T-PASS et, plus récemment, ULTIMATE-DAPT (2024), premier essai en double aveugle contre placebo à confirmer cette approche.
Indications / situations d'application
Tableau 24 — Indications et niveaux de recommandation — Gestion de l'antiagrégation et de l'anticoagulation périprocédurales
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Héparine non fractionnée en 1ère intention comme anticoagulant procédural, quelle que soit la voie d'abord | I, A |
| ✔ | Bithérapie (anticoagulant oral + clopidogrel) préférée à la trithérapie prolongée chez le patient en FA après angioplastie (AUGUSTUS, PIONEER AF-PCI, RE-DUAL PCI, WOEST) | I, A |
| ⚠︎ | Trithérapie périprocédurale brève (≤ 1 semaine) chez le patient en FA à haut risque ischémique | IIa, B |
| ⚠︎ | Monothérapie par inhibiteur P2Y12 (arrêt de l'aspirine) après 1 à 3 mois de DAPT chez le patient stable sous traitement (TWILIGHT, T-PASS, ULTIMATE-DAPT 2024) | IIa, A |
| ⚠︎ | Bivalirudine en alternative à l'héparine chez le patient à haut risque hémorragique | IIb, A |
Patient en fibrillation atriale : de la trithérapie à la bithérapie
- Réserver la trithérapie (anticoagulant oral + aspirine + P2Y12) à la période périprocédurale immédiate, idéalement inférieure à une semaine, chez les patients à haut risque ischémique
- Basculer ensuite vers une bithérapie associant l'anticoagulant oral (de préférence un anticoagulant oral direct) et le clopidogrel, stratégie validée par la synthèse des essais PIONEER AF-PCI, RE-DUAL PCI et AUGUSTUS
- Poursuivre la bithérapie pendant 6 à 12 mois selon le risque ischémique résiduel, puis passer à l'anticoagulant oral seul
- Privilégier le clopidogrel aux inhibiteurs P2Y12 plus puissants (ticagrelor, prasugrel) en association avec l'anticoagulant oral, ces derniers n'ayant pas démontré de bénéfice net dans ce contexte et exposant à un excès de saignement
Patient sans anticoagulation chronique : vers une désescalade précoce
- Débuter par une double antiagrégation standard (aspirine + inhibiteur P2Y12), dont la durée dépend du contexte clinique (SCA vs coronaropathie stable, cf. Chapitre 2)
- Chez le patient stable et sans événement à 1-3 mois, envisager l'arrêt de l'aspirine au profit d'une monothérapie par ticagrelor, en particulier si le risque hémorragique n'est pas négligeable (TWILIGHT, T-PASS, ULTIMATE- DAPT)
- Chez le patient à haut risque hémorragique persistant, privilégier d'emblée les stents validés pour une DAPT courte (cf. Chapitre 6) plutôt que d'attendre une désescalade tardive
- Ne pas extrapoler les données de désescalade au ticagrelor vers le clopidogrel ou le prasugrel sans donnée spécifique dédiée
Anticoagulation procédurale
- Utiliser l'héparine non fractionnée en 1ère intention pour l'anticoagulation peropératoire, quelle que soit la voie d'abord
- Réserver la bivalirudine aux patients à haut risque hémorragique, en tenant compte de résultats d'essais hétérogènes selon la voie d'abord et l'utilisation ou non d'inhibiteurs des glycoprotéines IIb/IIIa associés
- Ne pas administrer de prétraitement systématique par P2Y12 avant une coronarographie en cas de SCA non-ST+ avec stratégie invasive précoce prévue (cf. Chapitre 8)
Algorithme décisionnel
Figure 31 — Algorithme — antithrombotiques périprocéduraux
Références bibliographiques (7)
- Dewilde WJ, Oirbans T, Verheugt FW, et al. Use of clopidogrel with or without aspirin in patients taking oral anticoagulant therapy and undergoing PCI (WOEST). Lancet. 2013;381(9872):1107-1115.
- Gibson CM, Mehran R, Bode C, et al. Prevention of bleeding in patients with atrial fibrillation undergoing PCI (PIONEER AF-PCI). N Engl J Med. 2016;375(25):2423-2434.
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- Lopes RD, Heizer G, Aronson R, et al. Antithrombotic therapy after acute coronary syndrome or PCI in atrial fibrillation (AUGUSTUS). N Engl J Med. 2019;380(16):1509-1524.
- Mehran R, Baber U, Sharma SK, et al. Ticagrelor with or without aspirin in high-risk patients after PCI (TWILIGHT). N Engl J Med. 2019;381(21):2032-2042.
- Ge Z, Kan J, Gao X, et al. Ticagrelor alone versus ticagrelor plus aspirin from month 1 to month 12 after PCI in patients with acute coronary syndromes (ULTIMATE-DAPT). Lancet. 2024;403(10439):1866-1878.
- Byrne RA, Rossello X, Coughlan JJ, et al. 2023 ESC Guidelines for the management of acute coronary syndromes. Eur Heart J. 2023;44(38):3720-3826.
VI
Qualité et perspectives
Chapitre 18Radioprotection et gestion de la dose
Contexte et niveau de preuve
L'augmentation constante de la complexité des procédures de cardiologie interventionnelle (CTO, structurel, procédures combinées) s'accompagne d'une exposition croissante aux rayonnements ionisants, pour le patient comme pour l'équipe soignante. Le document de référence transatlantique sur le sujet, publié conjointement par l'ACC, la HRS, la NASCI, la SCAI et la SCCT en 2018, structure les bonnes pratiques autour du principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable) et distingue les effets déterministes (lésions cutanées, seuil-dépendants) des effets stochastiques (risque de cancer radio-induit, sans seuil identifié). Une position équivalente a été publiée par les sociétés savantes européennes de cardiologie dès 2014.
Indications / situations d'application
Tableau 25 — Indications et niveaux de recommandation — Radioprotection et gestion de la dose
| Situation | Classe | |
|---|---|---|
| ✔ | Enregistrement systématique du kerma dans l'air et du produit dose-surface (PDS) pour chaque procédure | I, C |
| ✔ | Application systématique du principe ALARA : collimation, réduction de la cadence de scopie, minimisation des acquisitions ciné | I, B |
| ✔ | Suivi dermatologique structuré au-delà d'un kerma de 5 Gy au point de référence | I, C |
| ✔ | Port systématique d'un dosimètre individuel et d'équipements de protection plombés par l'ensemble du personnel de salle | I, C |
| ✔ | Déploiement, avant la première image, des protections collectives fournies avec la salle : écran plafonnier, jupe de table, bavolet latéral | I, C |
| ✔ | Protocoles « basse dose » par défaut : scopie pulsée à 7,5 i/s, ciné à cadence réduite, mode haute qualité réservé aux besoins ponctuels | I, C |
| ✘ | Utilisation du temps de scopie seul comme indicateur de dose reçue par le patient | III |
Principe ALARA appliqué à la salle de cathétérisme
Trois leviers permettent de réduire l'exposition, aussi bien du patient que de l'opérateur : limiter le temps d'exposition, maximiser la distance à la source, et interposer un écran protecteur.
Figure 32 — Principe ALARA en salle de cathétérisme : scopie brève et pulsée, éloignement de la source, protections collectives en place
Mesures pratiques de réduction de dose
- Utiliser la collimation la plus étroite compatible avec le champ d'intérêt, afin de réduire la surface irradiée et la dose diffusée
- Réduire la cadence de scopie (7,5 images/seconde plutôt que 15 ou 30) chaque fois que la qualité d'image le permet
- Choisir par défaut les programmes « basse dose » de scopie et de graphie proposés par le constructeur ; ne passer en mode haute qualité (graphie, scopie) que ponctuellement, par exemple pour visualiser un stent
- Limiter le nombre et la durée des acquisitions en mode cinéfluorographie, principal contributeur de dose par rapport à la scopie pulsée
- Positionner le détecteur au contact du patient et la table aussi haute que l'ergonomie le permet, afin d'éloigner le patient de la source et de réduire le rayonnement diffusé
- Éviter les angulations obliques prolongées (notamment LAO crâniale), qui augmentent significativement la dose délivrée
- Utiliser systématiquement les protections suspendues au plafond et les tabliers plombés de table, en complément de la protection individuelle
- Déployer systématiquement le paravent plombé mobile fourni avec la salle (protection suspendue latérale et jupe de table) pour protéger les membres inférieurs et le flanc de l’opérateur : cet équipement, disponible dans la quasi- totalité des salles, reste trop souvent laissé de côté en pratique courante
Gestion des expositions élevées
Au-delà d'un kerma dans l'air au point de référence de 5 Gy, un suivi cutané structuré est recommandé, le seuil d'érythème transitoire se situant autour de 2 Gy et celui de l'épilation permanente autour de 7 Gy. Au-delà de 10 à 15 Gy, le risque de nécrose cutanée retardée justifie un examen dermatologique programmé, la lésion pouvant n'apparaître que plusieurs semaines après la procédure. Ces cas doivent faire l'objet d'un signalement conforme à la réglementation locale de radiovigilance et d'une analyse rétrospective en revue de staff.
Algorithme décisionnel
Figure 33 — Algorithme — radioprotection et gestion de la dose
Références bibliographiques (3)
- Hirshfeld JW, Ferrari VA, Bengel FM, et al. 2018 ACC/HRS/NASCI/SCAI/SCCT Expert Consensus Document on Optimal Use of Ionizing Radiation in Cardiovascular Imaging, Part 1: Radiation Physics and Radiation Biology. J Am Coll Cardiol. 2018;71(24):2811-2828.
- Hirshfeld JW, Ferrari VA, Bengel FM, et al. 2018 ACC/HRS/NASCI/SCAI/SCCT Expert Consensus Document, Part 2: Radiological Equipment Operation, Dose-Sparing Methodologies, Patient and Medical Personnel Protection. J Am Coll Cardiol. 2018;71(24):2829-2855.
- Picano E, Vañó E, Rehani MM, et al. The appropriate and justified use of medical radiation in cardiovascular imaging: a position document of the ESC Associations of Cardiovascular Imaging, Percutaneous Cardiovascular Interventions and Electrophysiology. Eur Heart J. 2014;35(10):665-672.
Annexe A — Scores de risque utilisés dans ce guide
Figure 34 — Scores de risque : des paramètres cliniques, biologiques et anatomiques intégrés en une estimation du risque
Cette annexe regroupe les scores de risque cités dans les chapitres précédents, avec leurs principaux paramètres et modalités d'interprétation, à titre de référence rapide.
Tableau 26 — Scores de risque utilisés dans ce guide
| Score | Objectif | Paramètres principaux | Interprétation |
|---|---|---|---|
| GRACE | Pronostic à court/moyen terme dans le SCA non-ST+ ; guide le délai de coronarographie | Âge, fréquence cardiaque, pression artérielle systolique, créatinine, classe Killip, arrêt cardiaque, sus-décalage ST, marqueurs cardiaques | GRACE > 140 = critère de haut risque (ICA < 24h). Depuis l'ESC 2023, seules 2 catégories guident le délai : très haut risque (<2h) et haut risque (<24h) ; la catégorie « risque intermédiaire » a été supprimée |
| SYNTAX | Complexité anatomique coronaire ; oriente entre angioplastie et chirurgie | Nombre, localisation et complexité des lésions coronaires (bifurcations, CTO, calcifications) | Faible (≤22) / intermédiaire (23-32) / élevé (>32) |
| Mehran | Risque de néphropathie induite par le produit de contraste | Hypotension, contre-pulsion, insuffisance cardiaque, âge, anémie, diabète, volume de contraste, DFG | Faible / modéré / haut / très haut risque |
| CRUSADE | Risque hémorragique intra- hospitalier dans le SCA non-ST+ | Hématocrite, clairance créatinine, fréquence cardiaque, sexe, signes d'insuffisance cardiaque, antécédents vasculaires, diabète, PAS | Très bas à très haut risque (5 classes) |
| ARC-HBR | Identification du profil hémorragique élevé avant angioplastie, oriente la durée de la bithérapie | Critères majeurs et mineurs : anémie, thrombopénie, insuffisance rénale/hépatique sévère, saignement récent, anticoagulation orale | Haut risque si ≥1 critère majeur ou ≥2 critères mineurs |
| RoPE | Estime la probabilité qu'un FOP découvert soit la cause d'un AVC cryptogénique (oriente vers la fermeture, cf. Chapitre 13) | Absence d'HTA, de diabète, d'AVC/AIT antérieur, statut non- fumeur, infarctus cortical à l'imagerie, âge jeune | Score de 0 à 10 ; score élevé = FOP probablement causal (meilleure réponse attendue à la fermeture) |
Annexe B — Dispositifs relevant du standard de soins : base de négociation pour leur prise en charge
Cette annexe récapitule les dispositifs que le présent guide considère comme faisant partie du standard de soins de l'angioplastie moderne et qui ne bénéficient pas encore d'une prise en charge par la CNAM. Pour chacun, elle rappelle les indications retenues et le niveau de preuve qui les fonde.
Tableau 27 — Dispositifs relevant du standard de soins : base de négociation pour leur prise en charge
| Dispositif | Indications dans ce guide | Niveau de preuve | Demande du GTCI |
|---|---|---|---|
| IVUS / OCT | Tronc commun (IVUS systématique), bifurcations vraies, lésions longues ou calcifiées, échec de stent (Ch. 6, 9, 11) | ESC 2024 : classe I, A (RENOVATE-COMPLEX- PCI, OCTOBER, ILUMIEN IV) | Prise en charge du cathéter d'imagerie par acte |
| FFR / iFR (fil de pression) et QFR | Sténoses intermédiaires du syndrome coronarien chronique, lésions non coupables ambiguës (Ch. 10) | Classe I, A (FAME, FAME 2, DEFINE-FLAIR, iFR- SWEDEHEART) ; QFR IIa, B (FAVOR III) | Prise en charge du guide de pression ou de l'analyse QFR |
| Ballon actif (DCB) | Resténose intra-stent, petits vaisseaux, haut risque hémorragique, lésions diffuses distales, pontages (Ch. 6) | Resténose intra-stent : classe I, A ; petits vaisseaux : IIa (BASKET-SMALL 2, PICCOLETO II) | Prise en charge au même titre que le stent actif |
| Préparation des lésions calcifiées (athérectomie rotationnelle/orbitale, lithotripsie, ballons scoring/cutting) | Calcification sévère quantifiée par imagerie (Ch. 5) | Consensus d'experts SCAI ; sous-expansion du stent = première cause corrigible de resténose et de thrombose | Prise en charge selon la morphologie du calcium |
| Échographe vasculaire en salle | Ponction radiale, ulnaire et fémorale échoguidée (Ch. 4) | Ponction radiale échoguidée : IIa, A | Équipement standard de toute salle |
| Pompe à flux micro- axial (Impella CP) | Choc cardiogénique compliquant un SCA ST+, critères DanGer Shock (Ch. 16) | IIa (ACC/AHA 2025) ; réduction de mortalité à 180 jours, maintenue à 10 ans (DanGer Shock) | Prise en charge dans les centres de référence |
En contrepartie de leur prise en charge, le GTCI propose un encadrement de leur usage : indications limitées à celles du guide, traçabilité dans le compte rendu de procédure, et suivi annuel d'indicateurs de qualité par centre (taux d'IVUS sur les PCI du tronc commun, taux d'évaluation fonctionnelle avant PCI dans le syndrome coronarien chronique, taux d'abord radial, doses délivrées). Ces indicateurs pourront alimenter un registre national et servir de base aux révisions ultérieures de la nomenclature.